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lundi 9 juin 2014

Attendre

S'il y a bien un truc que je déteste, c'est attendre que d'autres que moi fassent quelque chose. Dans une queue de trois kilomètres, je peux éventuellement réussir à prendre mon mal en patience, mais envoyer un mail et attendre une réponse, assez rapidement, je trouve ça insupportable.

En ce moment, entre autres, comme beaucoup de doctorants, j'attends un signe éventuel pour un contrat d'ATER l'an prochain.

Le système d'attribution des postes est assez opaque, du moins dans ma discipline. À part la publication des appels à candidature sur Altaïr (et encore : certaines facs ne s'en donnent pas la peine, dont toutes les facs parisiennes), rien n'est public. Qu'on ne sache pas quand est la réunion de classement et quel en est le résultat avant qu'il soit validé par les divers conseils me paraît assez normal : ça fait partie de la tambouille interne de l'université et il serait gênant que des informations circulent avant que les choses soient définitivement fixées.

Par contre, après, je regrette franchement l'absence de publication des classements. Seuls les heureux élus sont contactés ; les autres attendent indéfiniment. L'année dernière, quelques universités m'avaient renvoyé une des enveloppes timbrées demandées dans le dossier, pour m'informer de mon classement ou non. Je n'ai pas reçu beaucoup de ces missives, mais c'était déjà quelque chose : je savais si j'avais des chances dans l'absolu, en cas d'épidémie de peste bubonique ou en aucun cas du tout.

Cette année, un nombre plus grand d'universités est passé par une application électronique, ce qui est vraiment TRÈS BIEN (je ferai un de ces quatre un bilan matériel de ma campagne d'ATER). Les autres ont aussi majoritairement arrêté de demander une enveloppe timbrée (une seule l'exigeait). Mais, du coup, je n'ai absolument aucune idée de si mon dossier a été retenu et, si oui, dans quelle position. Dans d'autres disciplines, les classements sont diffusés sur le net plus ou moins officieusement ; dans la mienne, non.

Alors j'attends.

L'année dernière, j'avais été contactée si tôt que je n'avais même pas eu le temps de commencer à stresser (j'aurais dû, vu les problèmes que j'ai eus ensuite avec le Rectorat). Cette année, j'ai tenu un jour. Le lendemain, j'ai envoyé des mails pour savoir ce qu'il en était dans Fac n°1 (celle où je fais ma thèse) et Fac n°2 (celle où je suis ATER cette année).

Il est tôt, rien n'est évidemment encore définitif et j'ai une fâcheuse tendance à toujours m'attendre au pire, mais il me faut quand même bien dire que ça ne sent pas très bon.

Fac n°1 m'a classée deuxième ou troisième, je n'arrive pas à comprendre exactement, pour cause d'informations contradictoires, et Chef n'était pas à la réunion. Si je suis troisième, c'est foutu : j'imagine fort mal une université accepter trois ATER de latin/grec, même si elle en avait besoin. Si je suis deuxième, c'est possible, mais ça se saura tard et ça a l'air mal engagé.

Fac n°2 a recruté quelqu'un pour reprendre le poste de la personne, partie à la retraite, que je remplaçais cette année. Ce nouveau prof étant, pour un an encore, à l'Institut universitaire de France, il bénéficie d'un horaire de cours réduit, avec un financement pour engager quelqu'un qui fasse les heures restantes. Il y en a plus que pour un 1/2 ATER, moins que pour un ATER complet. Toute la question est de savoir si ces crédits peuvent, précisément, passer sur la ligne budgétaire ATER et/ou si Fac n°2 a l'intention de le faire. Et Chef n'avait pas l'air très optimiste là-dessus non plus.

Bref, la situation est l'inverse de l'année dernière. L'année dernière, j'avais un poste d'ATER et j'ai dû suer sang et eau pour avoir mon détachement. Cette année, j'ai mon détachement en poche et pas de poste d'ATER.

Si je croyais à la pensée magique, je me mordrais presque les doigts de m'être mise en règle avec le Rectorat.

lundi 12 mai 2014

Avant / après

Un lundi avant la fin des cours

7h30 : réveil et petite demi-heure de Pilates, histoire de contrer les méfaits de la position assise sur ma pauvre carcasse.

8h : douche.

8h30 : petit-déjeuner.

9h30 : heure de thèse.

10h30 : impression des textes à photocopier pour les cours de la journée.

11h : départ pour Fac n°2.

11h50 : arrivée à Fac n°2, prière à tous les dieux de l'Université pour que les photocopieuses de la salle des profs marchent => les photocopieuses marchent.

12h : premier cours magistral de la journée.

13h : sandwich en préparant les CM de la semaine prochaine.

15h : deuxième cours magistral de la journée.

16h : troisième cours magistral de la journée.

17h30 : trajet de retour, souvent en discutant avec ma collègue de latin, qui finissait à la même heure.

18h20 : back home ; violoncelle pour ne pas emmerder les voisins jusqu'à trop tard.

19h : préparation des interrogations pour les cours de langues du lendemain.

20h : découverte d'un paquet d'interrogations de la semaine précédente, perfidement restées planquées, non corrigées, dans un coin de mon trieur.

20h : éponge jetée, préparation du repas, dîner.

22h : suite et fin de la correction des interrogations, relevé des notes.

23h30 : salle de bain.

minuit : dodo.




Un lundi après la fin des cours

7h : réveil pénible parce que Monsieur a une répétition tôt ce matin.

7h30 : réveil en sursaut : merde ! j'étais censée préparer le petit-déjeuner pendant sa douche !

7h45 : petit-déjeuner.

8h15 : départ de Monsieur ; je décide finir un article de Libération.

8h45 : merde ! il est déjà presque 9h ! Pilates pour contrer les effets de la position assise sur ma pauvre carcasse.

9h10 : douche.

9h30 : heure de thèse.

10h30 : go ATER ! candidature n°10

11h15 : candidature n°11

12h : candidature n°12 ; ah zut, ils doivent envoyer un lien d'activation qui n'est pas encore arrivé, je vais imprimer, remplir et scanner les annexes, ce sera déjà ça de fait.

12h30 : "Suite à une panne informatique majeure, votre bureau de Poste sera fermé toute la journée."

12h50 : envoi des candidatures 10 et 11 dans un autre bureau de Poste.

13h : courses.

13h30 : déjeuner.

15h : suite et fin de la rédaction de mon intervention pour le séminaire doctoral Paris-Pise.

18h15 : violoncelle, histoire de ne pas emmerder mes voisins en soirée.

19h : répétition à voix haute de mon intervention, pour voir si elle sonne et tient dans les temps impartis ; retouches ; paufinage de l'exemplier.

20h30 : envoi des deux pdf à qui de droit.

20h45 : dîner.

23h : note de blog.

23h30 : salle de bain.

minuit : dodo.


Ma vie est tout à fait passionnante et ce n'est pas prêt de s'améliorer...

vendredi 11 avril 2014

Candidater ou ne pas candidater à l'ENS Lyon...

... that is la question.

Vraiment.

La campagne d'ATER pour l'an prochain a commencé et les annonces publiées ou à venir s'entassent petit à petit sur Altaïr. Cette année, je suis nettement moins stressée qu'il y a un an. Je suis déjà passée par là et c'est ma dernière année de thèse : l'objectif étant de soutenir en décembre pour les qualifications de janvier, je dois rendre en septembre ; cela signifie que, si tout va bien (et tout va encore relativement bien), j'aurai fini ou presque fini ma thèse à la rentrée, qu'elle soit scolaire ou universitaire. C'est donc moins "grave" si je pars dans le secondaire, ce qui fait que je suis beaucoup moins fébrile : je n'ai, par exemple, pas candidaté à Toulouse, alors que je l'avais fait l'année dernière.

Certaines annonces parues en ligne mériteraient d'ores et déjà de figurer dans un bêtisier : latin-philo temps plein "Santé, société, humanité" pour une faculté de médecine (bien que ce ne soit pas du tout idiot) ou encore grec "Sciences de l'agriculture". Soit ce sont des blagues, soit ça sent le poste à moutache à plein nez.

[Parenthèse explicative pour les gens normaux : un poste à moustache est un poste pour lequel une annonce est publiée (c'est un obligation légale, du moins pour ceux de maîtres de conférence et de professeurs), alors que l'université en question sait déjà, à l'avance, qui elle va prendre. Parfois, l'intitulé du poste est très large ("Littérature latine"), parfois, au contraire, il est si précis qu'il ne peut correspondre qu'à une seule personne... qui se trouve comme par hasard être celle que l'université avait déjà en tête : la vie est bien faite, non ? C'est comme si l'intitulé était : "Nous cherchons quelqu'un qui ait des moustaches d'une douzaine de centimètres de long, blondes, bien fournies et tombant en pointe juste sous la ligne de mâchoire."]

(Astérix, candidat idéal à ce poste à moustache)


Parmi ces annonces, une de l'ENS de Lyon, pour un poste en latin, dont on ne sait ni s'il est vacant (c'est-à-dire ouvert sans aucun doute en septembre) ou non, ni s'il est plein ou demi (le double d'heures, mais aussi un salaire substantiellement plus élevé).

Je suis restée en arrêt. Pas parce que mes oreilles se dressaient, mais parce que, tout à coup, je me suis demandé si j'avais envie d'enseigner là. À Lyon ou dans une ENS en général, d'ailleurs. C'est d'autant plus paradoxal que je suis moi-même ulmienne.

Je ne connais rien à l'ENS Lyon, à part que leur concours recrute des gens qui sont déjà spécialisés (là où celui d'Ulm est beaucoup plus généraliste, même si c'est moins le cas que lorsque je l'ai passé, il y a presque dix ans). Des échos que j'en ai, j'imagine une structure dynamique, sympathique, dans un cadre agréable, avec des conditions d'enseignement optimales. Un peu comme Ulm, donc.

Enseigner à des gens qui ont déjà un bon, voire un très bon niveau de latin, qui sont déjà relativement familiarisés avec la culture, la littérature, l'histoire et la mentalité latines, c'est un luxe.

Pouvoir parler des dernières avancées de la recherche sur l'Antiquité, voire même présenter en détail mon domaine de recherche à ceux qui seront très probablement mes collègues dans quelques années, c'est un rêve.

Cela montrerait aussi que je suis capable d'un enseignement de pointe, dans un CV contenant de nombreuses interventions de "vulgarisation".

Mais en réalité, la question, c'est : est-ce à ce genre de public que je veux enseigner ?

J'aime l'idée d'une fac avec un enseignement de latin ouvert à tout le monde, les bons comme les mauvais, les débutants comme les aguerris ; une fac que les étudiants des Grandes Écoles fréquentent, de toute façon (du moins, en lettres).

J'aime aussi me creuser la tête pour adapter mon propos au niveau des étudiants que j'aurai en face de moi, chercher comment expliquer simplement et de manière compréhensible des choses compliquées et/ou à la pointe de la recherche (cette année, dans Fac n°2, alors que j'avais devant moi des étudiants qui n'étaient absolument pas des spécialistes, je n'ai en aucun cas fait un enseignement "low cost" et ça n'a pas posé problème).

Par ailleurs, je me demande aussi si c'est une bonne stratégie pour avoir un poste plus tard. D'abord, si ce poste est effectivement ouvert, il y a de fortes chances pour que ce soit quelqu'un de Lyon, qu'ils connaissent, qui soit privilégié (c'est souvent comme cela que les choses se passent, au moins au niveau ATER). Ensuite, les ENS sont sans aucun doute ouvertes sur les universités, mais elles représentent aussi quand même un monde à part. Être ATER dans une fac "normale" (sans mauvais jeu de mots), c'est aussi rester pleinement dans l'université ; je me demande si un poste en ENS ne risque pas d'être "contre-productif" pour s'y insérer, malgré l'élite, le prestige et le haut niveau des cours dispensés. Pour un étudiant, oui, sans aucun doute ; mais pour une apprentie-chercheuse telle que moi, qui voudrait décrocher ensuite un poste de maître de conférence et continuer dans la recherche...?

lundi 30 septembre 2013

Tout arrive !

Figurez-vous que nous sommes aujourd'hui le dernier jour de septembre et que, comme beaucoup de nouveau doctorants contractuels ou de vacataire (c'est encore pire, questions finances, d'être vacataire, car l'expression "être payé au lance-pierre" prend alors vraiment tout son sens), les sous-sous ne sont pas encore tombés dans mon escarcelle.

J'avais déjà été confrontée à ça au début de ma première année de thèse. Comme je m'étais retrouvée, dans un premier temps, sur liste d'attente pour ma bourse, Fac n°1 avait su seulement début septembre que je les rejoignais bien, d'où une signature de contrat fort tardive, d'où un service financier qui avait pris en charge tout aussi tardivement mon dossier. Pour résumer les choses, si je n'ai pas touché le jackpot seulement à Noël (comprendre quatre mois de salaire pour la fin de l'année), mais fin novembre (ce qui représentait quand même trois mois d'un coup), c'est parce que j'étais allée voir les secrétaires, pour les entreprendre sur le thème "Vous avez un loyer et des factures à payer tous les mois ? Figurez-vous que MOI AUSSI !"

Cette année, j'avais donc mis des sous de côté en m'attendant à quelques "surprises" de ce côté-là.

Bien m'en a pris.

Dans Fac n°2, j'ai tout signé très vite : contrat, formulaires divers et variés, PV d'installation... La semaine dernière, je suis allée récupérer l'original dudit PV chez la chargée des RH de mon département et je me suis étonnée que mon arrêté de détachement n'ait pas été là aussi. "C'est qu'on n'a pas dû le recevoir, m'a-t-elle répondu. C'est très gênant, d'ailleurs, parce qu'on ne peut pas vous payer sans ça."

Gloups.

Du coup, j'ai envoyé un mail à la responsable générale des RH, pour m'informer (et, accessoirement, demander quand je serais payée s'ils n'avaient toujours rien). Effectivement, malgré ses relances, le rectorat n'avait toujours pas envoyé le Saint des Saints. Elle a donc déclenché le plan Orsec : avance de 80% le 15 octobre, reste de mon salaire de septembre + celui d'octobre à la fin du mois. Le tout en espérant avoir reçu quelque chose d'ici là. "Sinon, on utilisera le mail qu'ils nous ont envoyé pour nous annoncer le détachement ; ça devrait marcher avec le service financier."

La stratégie commune adoptée étant de relancer toutes les deux ma gestionnaire, je me suis fendue d'un mail ce matin. Et là, j'ai pensé à mon plus jeune frère, qui travaillait chez Microsoft l'année dernière : "Moi, quand un type me gonfle à ne pas faire son boulot, je lui renvoie un mail, avec son supérieur en co-destinataire."

Evidemment, trouver le supérieur de ma gestionnaire au DPE était impossible, étant donné que le rectorat ne fournit bien évidemment aucun organigramme sur son site. Par contre, le mail du secrétariat du directeur adjoint chargé des services, lui, apparaît sur la page de la direction.

Ce fut radical. Moins de deux heures après (quand on sait tous les mails que j'ai pu envoyer cet été et tous les coups de fils jamais répondus que j'ai pu passer !), je recevais par mail le fameux arrêté, scanné manifestement à la va-vite, mais scanné quand même.

La conclusion du jour est donc de mon frère, lorsque je lui ai raconté mon histoire : "Bah ouais, think corporate !"

jeudi 5 septembre 2013

Tic Toc Choc 5

Après m'être rongé les sangs toute la matinée, j'ai fini par mettre le nez dehors pour aller faire des courses : deux jours à manger des lentilles, je vous garantis que ça aggrave la déprime de n'importe qui. Je n'avais pas fait cinq mètres que mon téléphone bipait. Depuis lundi, je flippe dès qu'il se met à vibrer ; là, je l'ai pris sans réfléchir et je suis restée scotchée sur place : LE RECTORAT A ACCEPTÉ MON DÉTACHEMENT. Pour un peu, j'en aurais pleuré de joie en plein milieu de la rue.

J'ai donc à nouveau passé mon après-midi à envoyer des mails : à la doyenne, à Chef, à mes collègues, à ma famille, à mes potes aussi. J'ai fait une liste ; quand je me suis arrêtée, j'étais en hypoglycémie, mais énormément, incroyablement soulagée. Ceci dit, je pense aussi au collègue dans la même situation que moi, ainsi qu'à la personne qui a laissé un commentaire sous le Tic Toc Choc 2 : si vous lisez ce message et que vous êtes intéressé(e), pourriez-vous me contacter via l'adresse mail en haut à droite ? A plusieurs, il sera peut-être plus facile de se faire entendre...?

Après les mails, je pensais me lancer dans la suite de la rédaction de mon chapitre 2, mais c'était sans compter sur la partie que j'ai déjà rédigée, pendant mes vadrouilles estivales. Faire une thèse en lettres permet de bouger relativement tout en continuant à travailler (alors qu'un physicien peut difficilement dématérialiser son labo pour l'emporter avec lui). Le problème, c'est que, quand votre corpus comprend onze bouquins bien lourds et que, dans l'idéal, il faudrait que vous emportiez aussi un dictionnaire qui pèse également son pesant de cacahouètes, ça devient plus compliqué. 

Heureusement, il y a Diogenes. Diogenes est un logiciel en téléchargement libre qui permet de consulter les deux bases de données de textes latins et grecs, Phi Duke et le TLG. Le hic, c'est que Phi Duke et le TLG, eux, ne sont pas gratuits, ce qui vous permet d'imaginer une ruelle sombre, la nuit, de la pluie qui crachouille et deux individus vêtus d'amples imperméables et de chapeaux leur tombant sur les yeux, se passant, de la main à la main, un truc indéfinissable vite enfoncé dans une poche et partant l'un et l'autre dans des directions opposées.

Bref, j'ai Diogenes sur mon ordi, mais les textes auxquels il me donne accès, outre que leurs références sont parfois fantaisistes, sont aussi de vieilles éditions. Deux raisons pour tout vérifier méticuleusement une fois qu'on a des Budés sous la main. Par ailleurs, je lis couramment le latin, mais en donner une traduction est un chouïa plus compliqué que juste parfaitement comprendre ce que j'ai sous les yeux, d'où une flopée de passages mis en rouge. Résultat : j'ai passé le reste de mon après-midi à vérifier textes, références et traductions.

Mais bon : aujourd'hui, je m'en fous.

lundi 2 septembre 2013

Tic Toc Choc 2

Aujourd'hui, premier jour de boulot théorique de ma quatrième année. Je l'ai en fait surtout passé à essayer de régler mon problème de détachement.

Ce matin, 10h : habituels coups de fil au rectorat. Habituelle absence de réponse. Au deuxième essai à la DPE, je tombe sur un message enregistré me donnant les horaires d'ouverture (intéressant : je n'ai jamais réussi à les trouver sur le site, même via Google). J'ai pris ça pour un signe et je me suis déplacée. Pour ne pas perdre tout à fait mon temps, j'ai pris avec moi L'Uomo romano, dirigé par Giardina (eh oui, les vieilles habitudes de prépa ont la vie dure).

C'est fou comme les gens auxquels on dit mentalement leurs quatre vérités lorsqu'ils ne prennent pas la peine de décrocher leur téléphone se révèlent en fait gentils une fois qu'ils vous ont devant eux. La première personne de l'accueil qui a tenté en vain de joindre la personne compétente est montée dans le service voir si elle était là, puis elle a demandé à son collègue de lui retéléphoner, ce qui m'a permis d'être finalement mise en contact avec elle. Et ladite personne s'est révélée elle aussi tout à fait gentille.

Il s'avère donc que ma gestionnaire vient de reprendre les dossiers des lettres classiques et est assez débordée, ce qui explique pourquoi l'autre madame ne répondait pas à mes mails. Mon recours a bien été transmis à la rectrice, mais celle-ci n'a pas encore pris de décision. J'ai donc aussi passé à nouveau mon début d'après-midi à envoyer des mails. A Chef, pour le tenir au courant. A la Société des Agrégés, pour demander si le fait que je ne me rende pas dans mon établissement ne risque pas de jouer contre moi. A la DRH de Créteil (qui s'est révélée, elle aussi, tout en gentillesse), sur les conseils de Chef, pour leur demander s'ils ne pourraient pas se manifester auprès du rectorat, histoire de faire pencher la balance en ma faveur.

Du coup, au lieu d'être protagoniste de ma journée, ma thèse est devenue l'occupation me permettant de passer le temps en attendant des réponses. J'ai pu avancer mes recherches sur les verbes liés à la parole : pour le moment, je compile les exemples à partir de mes relevés ; demain j'essaie de voir si je peux en tirer quelque chose et ce ne sera pas évident, étant donné le nombre de verbes et, dès lors, d'exemples à prendre en compte.

J'ai aussi avancé la préparation de mes cours pour cette année. J'ai bien l'intention d'occuper ce poste d'ATER et, même si je peux improviser un cours de grammaire latine, surtout si j'ai un support, je préfère quand même ne pas devoir faire du trapèze volant. Et puis il faut que je fasse un premier "planning prévisionnel" d'avancement (vous savez, celui qui sera vu, revu et rerevu en cours d'année).

Bref, pas une première journée thésardement productive.

dimanche 1 septembre 2013

Tic Toc Choc 1

Nous sommes le 1er septembre et cela fait un moment que je me demande s'il ne serait pas intéressant d'essayer de vraiment "chroniquer" ma fin de thèse. Mon objectif est de finir d'ici à la fin de l'été 2014, pour pouvoir soutenir en décembre.

L'idée est donc de tenter d'écrire un message par jour, pour "documenter" l'avancement et, je l'espère, l'achèvement de ma thèse, entre rédaction, enseignement et dernières recherches. Je ne me fais pas d'illusions : il est fort peu probable que j'écrive à partir d'aujourd'hui 365 messages. Mais je ferai de mon mieux.

Par contre, cela risque d'être assez court et peu palpitant, ne serait-ce que parce que "j'ai avancé mon chapitre 3" ne passionne personne. Le seul palpitant qu'il y aura sera vraisemblablement mes démêlés avec le rectorat. Je n'ai en effet toujours aucune nouvelle, ni positive, ni négative, de mon recours. Vous aurez donc, demain, un récit de ma visite à Créteil, hélas...

mardi 30 juillet 2013

Le Retour de la Revanche du Rectorat

Souvenez-vous, c'était il y a (à peu près) trois ans : sur liste d'attente pour une bourse de thèse avec monitorat, j'étais écartelée sur le grill en me demandant s'il fallait que je me signale au rectorat de Versailles ou que j'attende en envisageant de me financer potentiellement pendant un an en vendant des allumettes à tous les coins de rue.

Un contrat doctoral plus loin, mes capacités à me coller malgré moi dans des situations impossibles se confirment.

Ceux qui me suivent sur Twitter le savent déjà : j'ai eu un poste d'ATER. Pas à Nanterre, mais en région parisienne, en latin et à temps plein. Je comptais faire un billet sur combien j'ai été heureuse à Nanterre et le pincement au coeur que j'ai eu en me disant que je ne travaillerais plus là l'an prochain, mais aussi sur combien j'étais  également contente d'aller voir ce qui se passe ailleurs et de respirer un peu d'air nouveau, d'autant que la nouvelle équipe où je suis partie pour m'intégrer a l'air aussi sympathique et dynamique que l'ancienne.

Et puis j'ai déménagé, j'ai eu des problèmes avec mes anciens propriétaires (dont je ne suis toujours pas débarrassée), j'ai eu beaucoup de travail, bref : j'avais un super sujet de note de blog et, à force de me dire que j'avais encore le temps de l'écrire, j'ai fini par ne jamais le faire.

C'est mal.

Mais aujourd'hui, j'ai à nouveau des choses à raconter, car tout ça est peut-être en péril, à cause d'une histoire de date et, pour une fois, de mon niveau d'angoisse étonnamment bas.

Après avoir appris que j'avais ce poste d'ATER (et mesuré la chance que j'avais de l'avoir), j'ai été invitée à la réunion de fin d'année du département où je devrais travailler l'an prochain et j'ai rencontré les responsables administratifs de l'UFR, qui m'ont dit qu'ils n'avaient pas encore eu de confirmation officielle de l'université, mais qu'ils me contacteraient dès que ce serait le cas.

Le temps passe et je me rends compte que, contrairement à presque tous les autres dossiers de candidature que j'ai déposés, celui qui a été retenu ne comportait pas de formulaire de demande de détachement.

Le point Education nationale

Je suis agrégée. Quand on a l'agrégation, on doit, l'année d'après, faire une année de stage, avant d'être titularisée. Dans mon cas, j'ai obtenu tout d'abord un report de stage pour fin de scolarité à l'ENS, puis une mise en disponibilité pour exercice des fonctions de doctorante contractuelle avec mission d'enseignement, ce qui veut dire que l'Education nationale a considéré que j'accomplissais mon stage pendant mes trois ans de monitorat. A la fin de mon contrat doctoral, c'est-à-dire maintenant, j'ai donc été considérée comme titularisée et j'ai dû participer aux divers mouvements inter- et intra-académique. Pour être ATER, il me faut désormais demander mon détachement au rectorat.

Fin du point Education nationale

Je me suis donc mise en Quête, sur le site du rectorat, d'informations pour savoir comment demander à être détachée comme ATER. J'ai trouvé des pages sur "Vous pouvez être détaché pour exercer des fonctions d'ATER", suivies de "ATER, sa vie, son oeuvre, pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien", des pages sur "Quand, comment, pourquoi être détaché lorsqu'on est CPE et autre type de personnel non enseignant", des pages sur "Vous venez d'être titularisé dans notre académie ? félicitations !" et les pages carrières m'ont orientées vers des concours internes, des promotions au mérite et une cellule d'aide psychologique.

J'ai donc élargi mes recherches et trouvé que les dates limites de Paris et Versailles étaient mi-juillet. Je me suis dit que ce devait être la même chose pour Créteil et, comme on était presque fin juin, je ne me suis pas inquiétée. J'ai aussi pensé qu'il valait mieux que j'attende d'avoir un papier officiel de ma nouvelle fac pour envoyer ma demande, histoire de la motiver sérieusement. J'ai donc attendu d'autant plus tranquillement que Altaïr m'avait fait miroiter un envoi de contrat.

C'est là où mon radar à emmerdes aurait dû se déclancher.

Radar

(Bip ! bip ! je sens approcher une grosse emmerde ! ; photo par BenFrantzDale ; source : FlikR)

Il a commencé à biper lorsque j'ai reçu un mail de la responsable du service du personnel enseignant de la fac, sur le thème : "Dites, vous ne nous avez toujours pas retourné votre acceptation officielle du poste". A quoi j'ai répondu : "J'aurais bien aimé, mais je n'ai rien reçu." Nouveau mail : "Ah oui, pardon, désolés, on a oublié de vous l'envoyer." On était le vendredi 4 juillet.

Munie du fameux papier en format pdf, j'ai passé le reste de la journée à essayer désespérément d'avoir quelqu'un au téléphone au rectorat. De guerre lasse, j'ai fini par envoyer un mail à leur service du personnel enseignant. C'est que, entre temps, j'avais reçu un sms m'annonçant que j'étais nommée dans un collège n'ayant aucun rapport avec les zones de remplacement que j'avais demandées (mais desservi par le RER B, Dieu merci), puis un coup de fil d'une prof de français enseignant là-bas, qui voulait prendre contact et parler services d'enseignement.

Lundi 8, administrativement aux aurores, nouvelle série de coups de fils. Personne au département dont je dépends, personne au standard du service du personnel enseignant, mais, en appelant, en désespoir de cause, le standard central du rectorat, j'ai réussi à remonter toute la ligne et à avoir quelqu'un. J'ai alors appris deux choses : 1) la personne responsable de moi n'était pas là ce jour-là ; 2) la date limite, c'était fin juin, donc j'étais hors délais et ma demande dépendait de l'avis du recteur. J'ai tout de suite écrit et posté la lettre. Le lendemain, je reçois un mail de ma gestionnaire me demandant de tout envoyer au plus vite et me confirmant que tout dépend de la rectrice.

Le temps passe. Au bout d'une semaine, j'envoie un mail à ma gestionnaire pour m'assurer qu'elle a bien ma nouvelle adresse, savoir si ma demande est arrivée et si elle peut me donner une idée de la suite qui va lui être donnée. Aucune réponse. Pendant ce temps, la fac m'appelle parce qu'ils ont besoin d'une copie de mon contrat doctoral pour faire mon contrat d'ATER ; quand je leur parle du détachement, ils n'ont pas l'air très au courant des formalités et des délais. "Mais je vais quand même vous faire votre contrat comme si tout allait bien, on ne sait jamais." Rassurant.

Chéri et moi finissons par partir dans le sud de la France, en prêtant notre appartement à des amis vivant aux Etats-Unis. Je demande à ma copine de relever le courrier, en surveillant tout particulièrement les lettres du rectorat et de m'appeler immédiatement si quelque chose arrive.

Une autre semaine passe. Depuis mon nouveau Lieu de Réclusion Pour Ecrire ma Thèse, j'essaie d'appeler le rectorat pour savoir où ça en est. C'est simple : le matin, où que j'appelle, ils ne répondent pas et, l'après-midi, le téléphone est décroché et sonne donc perpétuellement occupé.

Une semaine plus tard, hier donc, coup de fil de ma copine : la lettre du rectorat est arrivée ; mon détachement est refusé à cause des besoins en prof de lettres classiques dans l'académie et du caractère tardif de ma demande.

Seven Hells.

A un jour près, mon humeur était en parfaite adéquation avec l'orage qui nous est tombé dessus dans la nuit de dimanche à lundi.

orage 042

(Braoum. Photo par RomainSeaf ; source : FlickR)

J'ai donc passé la soirée à écrire des mails. Aux directeurs de département et d'UFR de ma fac. Au président du ma section CNU, qui enseigne dans ma fac. A Chef, qui en est le vice-président, pour savoir s'il avait une idée des recours possibles. A ma future collègue de latin dans ma nouvelle fac, pour la mettre au courant en espérant ne pas trop lui polluer ses vacances. A la Société des Agrégés, pour bénéficier de leur expérience dans la gestion de ce genre de problèmes.

Mon humeur était "Eh bien, puisque c'est comme ça, quoi qu'il arrive, je prends mon poste d'ATER. Ils n'auront qu'à me déclarer en abandon de poste et me faire perdre mon agrégation. Ma tête fonctionne remarquablement bien, j'ai en général un bon contact humain et je parle couramment quatre langues, on va voir si je ne trouve pas un boulot avec ça, le temps de postuler pour être MCF !"

Puis les mails ont commencé à arriver. Globalement, tout le monde a dit que c'était étonnant et qu'ils allaient contacter les personnes qu'ils connaissaient et voir ce qu'ils pouvaient faire pour arranger ça. Le plus intéressant a été le coup de fil de la Société des Agrégés : j'ai en effet appris que, certes, j'aurais dû avertir le rectorat de mon intention de postuler comme ATER dès mon affectation inter-académique, mais que ce n'était pas à moi d'envoyer la demande, mais à l'université qui m'avait recrutée. Gros blanc, parce qu'on m'a quand même tapé sur les doigts de ce côté-là, sur le thème "Mais enfin, comment est-il possible que vous ne les ayez pas contactés tout de suite sans attendre, tous les autres l'ont fait, il n'y a d'habitude aucun problème !"

Ma principale erreur, à mon avis, a surtout été de ne pas m'être démenée pour savoir comment ça allait se passer, ce qu'il fallait que je fasse, etc. et aussi de ne pas avoir eu l'idée de demander tout de suite à l'université quelles étaient les démarches à accomplir, parce que tout le monde est parti du principe que je savais ça et personne ne m'a rien dit. Mais comment peut-on poser une question à laquelle on ne pense pas, parce qu'on n'a pas (encore) l'expérience de ces mic-macs administratifs ?

Je suis donc à nouveau en attente. Des démarches faites par les autres. De la demande de recours gracieux que j'ai envoyé à la rectrice, sur les conseils de la Société des Agrégés, qui l'enverra avec une lettre de soutien. Sauf qu'à présent, le rectorat est fermé jusqu'au 20 août et que, quand il rouvrira, moi, je serai encore en Italie.

Hé ! Free ! tu me fais un prix sur les communications transnationales ?

samedi 4 mai 2013

De l'épanouissement par les pièces justificatives (le retour)

Tout comme Lina, je suis occupé en ce moment par la campagne des candidatures d'ATER. Je ne peux que souscrire aux analyses très pertinentes qu'elle a développées dans ses récents messages, notamment celui consacré à la typologie des marottes administratives. Il me semble toutefois qu'on peut en distinguer une sixième.

6) La labyrinthite : Certaines facs, soit parce qu'elles souffrent d'une administration particulièrement mal organisée, soit parce que leurs DRH ont fumé trop d'exemplaires de Sparte d'Edmond Lévy (Paris, Seuil, 2003), semblent considérer que la constitution d'un dossier d'ATER doit déjà être une épreuve de sélection en soi, une sorte d'agôgè par correspondance qui justifie de tout faire pour que la recherche d'information soit aussi compliquée que possible.
Normalement, sur Altaïr, une fois que vous terminez d'entrer une nouvelle candidature, une page s'affiche qui comporte la liste récapitulative des pièces à joindre au dossier, ainsi que des liens vers un nombre variable de formulaires à télécharger et à remplir. Dans un monde idéal, ce serait la vraie liste et on pourrait s'y fier les yeux fermés (et certes, pour certaines facs, ça marche). Sauf qu'en fait, assez souvent, non !
Parfois, c'est visiblement que quelque chose n'a pas été bien entré dans Altaïr par l'administration de la fac (qu'on ne saurait toutefois soupçonner de ne pas toujours maîtriser parfaitement les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication : nous sommes à l'ère du C2i, que diable). Ce qui fait que par exemple, malgré vos efforts attentifs pour cocher le bouton-radio correspondant le mieux à votre situation actuelle, la liste vous indique qu'il faut fournir un mot de votre directeur promettant une soutenance dans l'année alors que vous faites partie des heureux qui ont déjà soutenu leur thèse.
Vous allez me dire : dans ce sens-là, ce n'est pas trop grave. Sauf que parfois ça arrive aussi dans l'autre sens : des documents qui ne sont pas dans la liste d'Altaïr sont en réalité à fournir absolument pour que votre dossier soit complet.
Exemple. Je veux candidater pour un poste d'ATER en grec ancien à l'Université de Hobbitebourg (*). J'entre ma candidature sur Altaïr, je fais une copie d'écran de la liste des pièces à joindre (oui parce que cette page s'affiche *une fois* et que si vous ne pensez pas à la copier quelque part, il faut refaire la candidature pour l'afficher de nouveau). En homme moderne et organisé, je dégaine mon imprimante et mon crayon pour tout imprimer dans l'ordre et cocher les entrées de la liste au fur et à mesure. J'imprime un dossier à remplir et à joindre en plus du dossier Altaïr, alors qu'il comporte exactement les mêmes renseignements (c'est une expérience nouvelle pour vous ? Moi, ça m'arrive tout le temps). Mais au moment de lire et de remplir ledit dossier, qu'aperçois-je, en petits caractères sous un tableau-des-activités-des-années-précédentes-aux-cases-trop-petites-pour-que-les-informations-à-entrer-y-entrent-vraiment ? Une note précisant qu'il faut joindre au dossier les copies des contrats précédents. Moralité : toujours lire les petits caractères...
(Naturellement, un contrat comme ça, c'est trois pages à imprimer en moyenne. Sans oublier l'avenant que vous avez été obligé de faire parce que l'administration de la fac avait mal calculé votre traitement dans la première version, donc en fait quatre pages. En deux exemplaires, bien sûr.)
Ayant terminé d'imprimer et de remplir les différentes pièces du dossier (ou du moins le crois-je), je me rends machinalement sur le site Web de la fac pour vérifier l'adresse postale exacte. Mais là, que trouvé-je sur la page des recrutements d'ATER ? Des liens vers d'autres pièces à joindre au dossier, différentes de celles qui figuraient sur Altaïr alors qu'elles concernent les gens dans ma situation ! Moralité : toujours aller voir aussi le site de la fac et pas seulement Altaïr.

On observe que la labyrinthite consiste parfois à l'origine en une forme de pointillite particulièrement retorse. Contre toute attente, elle finit par présenter un intérêt esthétique en elle-même, tant son absurdité confine au fantastique. Il y a eu par exemple ce dossier dans lequel, à la première ligne, figuraient des champs classiques "NOM Prénoms", et qui, deux paragraphes plus loin, comportait une phrase du type "Je soussigné" qu'il fallait de nouveau compléter avec vos nom et prénom. Pourquoi demander à la personne de préciser deux fois ses nom et prénom au cours du même formulaire ? Avaient-ils peur que, lassé, je fasse remplir la fin par quelqu'un d'autre ? Voulaient-ils vérifier que ma seconde personnalité de schizophrène n'avait pas pris le dessus pendant l'intervalle de quelques minutes entre ces deux lignes ? Le mystère demeure.
Il y a eu aussi le cas de cette université qui, sur Altaïr, fournit un lien vers un formulaire classique d'engagement à se présenter à un concours de l'enseignement supérieur l'année suivante. Et qui, sur le site de l'université elle-même, fournit un lien vers un dossier général qui ne figure pas sur Altaïr, et qui, entre autres cases, comporte... un paragraphe d'engagement à se présenter à un concours de l'enseignement supérieur l'année suivante.

Des blasés ou des impatients diront peut-être : "Qu'en avez-vous à faire de ces redondances ? N'imprimez que ce que vous savez être vraiment nécessaire ! Et sur ces dossiers, remplissez une fois les informations et biffez dédaigneusement le reste !" Mais rappelez-vous : tout dossier incomplet à la date indiquée sera rejeté. Et quand on a besoin de faire rapidement une sélection parmi des masses de dossiers... Je suppose que c'est un peu partout comme ça dans le monde du travail : des pratiques abusives ou tout simplement stupides persistent parce que les gens qui y sont confrontés ont besoin du boulot et ne disent rien, en tout cas rien ouvertement.

Qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions. Je ne voudrais certainement pas dire du mal de l'administration des universités en général. Les administrations efficaces existent, les secrétaires efficaces aussi (j'en ai rencontré). On peut même dire que si les étudiants savaient à quel point leur destin repose parfois sur les frêles épaules d'un (souvent encore d'une) secrétaire qui passe ses journées dans le bureau exigu d'à côté, ils lui offriraient plus souvent des chocolats. Mais enfin tout de même, il y a des fois où ça confine à la caricature. J'ai souvent été tenté de créer un Prix annuel de l'Université la Plus Ch*** pour les formalités de campagne d'ATER. Un Prix pour lequel les noms des facs ne seraient pas changés, naturellement. Cette récompense, il faudrait lui trouver un beau nom : le Prix Kafka (un brin classique), ou le Prix Brazil, ou encore le Prix de la Maison-qui-rend-fou. Le ridicule public ferait peut-être plus rapidement changer les choses dans les universités concernées que des recours... administratifs.

(*) Le nom a été changé pour préserver l'anonymat de l'établissement.

dimanche 21 avril 2013

Candidater à un poste d'ATER, c'est comme rechercher un appartement

Campagne d'ATER, encore et toujours...

Grâce à Altaïr, je découvre des universités dont je ne soupçonnais pas l'existence. Shame on me et pourtant, s'il y a quelqu'un qu'on ne peut pas accuser de parisianocentrisme, c'est bien moi. Il y a des facs dans de grandes villes et des facs dans de petites villes ; il y a les facs dont on entend régulièrement parler et celles qui n'entrent qu'occasionnellement dans notre horizon bibliographique et séminarial. C'est comme ça que j'ai entendu parler de Pau, mais que j'ai découvert Chambéry sur Altaïr (à ma décharge, Chambéry n'a pas de cursus de lettres classiques, même s'ils proposent un doctorat en civilisations de l'Antiquité).

Je n'ai rien contre les facs relativement éloignées de Paris. Je n'ai rien non plus contre celles qui sont de taille modeste. Cela dit, étant donné que je risque fort de ne pas être payée des mille et des cents l'an prochain et que j'aurai besoin d'un minimum de temps pour finir ma thèse, je suis obligée de faire un certain nombre de calculs. En fait, cette campagne, c'est comme chercher un nouvel appartement : au début, même avec une idée en tête, on ne sait pas vraiment ce qu'on voudrait ; au bout d'un certain nombre de visites, on a surtout une assez bonne idée de ce qu'on ne veut pas.

Dans mon cas, le premier calcul est celui du temps mis pour rejoindre la fac en question et du prix que ça risque de me coûter. J'ai candidaté à Toulouse, mais avant j'ai regardé sur internet les trains, puis les avions : six heures, c'est trop ; une heure, ça va, même s'il faut compter les trajets pour aller et quitter l'aéroport. Je ne suis pas très emballée par les trois heures de train au bas mot pour rejoindre Limoges ou Chambéry.

(Sncf ? A nous de vous faire perdre patience ! ; source : Wikipedia Common)


Après, d'autres critères entrent en jeu. Bordeaux et Besançon sont assez loin de Paris, mais ils ont des équipes travaillant en historiographie antique. Montpellier, comme Limoges, est à trois heures de train, mais, outre que son équipe est aussi très dynamique et que certains de ses membres font également de l'historio, j'y connais quelqu'un et ma famille est en partie originaire de là, ce qui résoudrait la question de l'hébergement.

Facs proches, facs loin. Facs dynamiques, facs moins dynamiques. Facs avec une orientation de recherche particulière. Facs renommées, facs moins renommées.

Mais aussi : poste à plein temps, poste à mi-temps. Appel à candidature en multisection ou juste dans la mienne (les disciplines sont réparties en différentes sections du Conseil National des Universités ; un appel à candidature multisection, comme son nom l'indique, est un appel concernant plusieurs sections et non un appel pour une section). Appel à candidature "Langues et littératures antiques" ou appel à candidature "Latin".

Pour le moment, j'ai candidaté presque à chaque fois qu'un poste était signalé sur Altaïr. Les deux cas où je ne l'ai pas fait étaient trop loin et sans compensation suffisante par ailleurs. Je n'ai pas candidaté là parce que je mépriserais ces facs (ce n'est pas le cas) ou parce que m'éloigner de Paris m'angoisserait (ce n'est surtout pas le cas), mais parce que, finalement, le meilleur conseil que j'aie eu à propos de cette campagne m'a été donné sur la page de présentation de la Guilde des doctorants : "ne candidatez pas là où vous ne voulez pas aller", quelle qu'en soit la raison.

(Ce paysage donne franchement envie d'aller étudier à Chambéry !)

dimanche 14 avril 2013

De l'épanouissement par les pièces justificatives

Ça y est, la campagne d'ATER bat son plein et je ne sais pas ce que je préfèrerais : que toutes les candidatures soient publiées d'un coup d'un seul, que j'y passe des jours et que ce soit fini ou que, comme maintenant, elles soient plus ou moins étalées, ce qui me permet de faire autre chose en même temps, mais m'oblige aussi à courir après Chef pour des signatures ou faire des aller-retours à Nanterre en quête d'un simple tampon.

Du coup, à force d'enchaîner les dossiers (j'en suis presque à 14) et, notamment, d'imprimer, remplir, signer à la file (je me demande d'ailleurs comment font les malheureux doctorants qui n'ont pas d'imprimante-scanner), je commence à avoir un petit aperçu des marottes administratives, en particulier en ce qui concerne les sacro-saintes pièces justificatives, toujours assorties d'un "s'il en manque, votre dossier ne sera pas recevable". Petit tour d'horizon.

1) l'annexite aiguë : annexe 1, annexe 2, annexe 3, 4, 5, 6, la ronde des annexes... Bien sûr, elles ne concernent pas toutes mon cas, mais enfin, la vue de la liste fait un certain effet, voire un effet certain.

Dans le genre assassinons encore plus la forêt amazonienne, il y a aussi :

2) le dossier et les pièces du dossier en double exemplaire : en cas de candidature reçue, ce sont six pages de brouillon potentiel ; en cas de refus, c'est double brouillon : jackpot !


(En ce moment, je contribue activement à la destruction de ces arbres ; "Forêt amazonienne depuis la rivière Alto Madre de Dios au Pérou ; Martin St-Amant - Wikipedia - CC-BY-SA-3.0)


Mais bon, évidemment, les Voies de l'Université sont impénétrables, donc, dossier en double exemplaire demandé, dossier en double exemplaire envoyé : il ne sert à rien de chercher à comprendre la logique administrative sous-jacente (car il doit y en avoir une). Mais il y a quand même des choses qui sont totalement obscures à mon imagination pourtant foisonnante :

3) la nécessité d'imprimer le dossier Altaïr ET le récipissé de candidature : lorsqu'on candidate à un poste, Altaïr édite une copie du dossier de candidature en ligne ; certaines facs le demandent, d'autres non. Altaïr édite aussi un récipissé de candidature, évidemment pour le candidat ; je ne sais pas trop ce que je pourrais en faire, mais bon, pourquoi pas. En revanche, je ne vois pas du tout pourquoi on m'a demandé de le joindre au dossier...

4) la pointillite : demander une preuve que j'ai eu mon master : euh... attendez... si je suis inscrite en thèse depuis presque trois ans, ce n'est pas la preuve que j'ai eu mon master ? "Copie du diplôme" : bon, je n'ai jamais demandé mon diplôme de master, jusqu'ici j'ai toujours utilisé sans problème mon relevé de notes de M2 portant la mention "admise", ça devrait aller. Réponse : "dossier incomplet, veuillez nous envoyer une copie de votre diplôme". Bon, d'accord...

5) la doppionite : différente du double-exemplarisme ! Toutes les universités demandent bien sûr d'envoyer un CV détaillé. Normal. Certaines précisent "comprenant liste des travaux et publications" ou bien "ou liste des travaux et publications" (j'ai du mal à imaginer comment on peut avoir une telle liste sans avoir aussi un CV, mais bon) ; d'autres demandent... les deux ! Euh... les travaux et publis ne sont pas censés être compris dans le CV ?


(Ah bon ? ceci n'est pas une pièce justificative valable ? ; source : Wikipedia Commons)


Enfin, notons que si le ministère, pour une fois, est relativement moderne (si toutes les facs pouvaient se décider à publier leurs appels sur Altaïr, au lieu de faire parfois bande à part, ce serait encore mieux). Notons aussi que cela se termine quand même presque toujours par un dossier papier bien lourd à envoyer par la poste (soutenons le service public, en espérant qu'il fasse son boulot en temps et en heure) : pour le moment, seules trois facs avaient soit une application spécifique pour déposer le dossier et les pièces en .pdf, soit proposaient d'envoyer le tout par mail. Une quatrième avait monté une application dédiée, tout en demandant d'envoyer les pièces par mail, et recommandait de consulter régulièrement son compte en ligne pour connaître l'avancement de la candidature ; cela ne l'a pas empêchée de m'envoyer un accusé de réception... par la poste : c'était donc à ça que servait l'enveloppe timbrée et affranchie à mon adresse...!

dimanche 24 février 2013

ATER, ATER... C'est pas un insecte, ça ?

Comme ce soir je suis fatiguée et que je n'attends qu'une chose, pouvoir me glisser sous la couette et roupiller tout mon saoul jusqu'au réveil lundimatinal, je vais me contenter de répondre à cette Question Que Vous Vous Posez Tous : ATER, kesaccò ?

Commençons par le commencement : lorsque vous commencez une thèse, si vous êtes chanceux, vous obtenez un contrat doctoral de trois ans, souvent avec mission d'enseignement (encore que, là où je suis, il semble que les difficultés financières aient pour conséquence que c'est devenu comme les antibiotiques : pas automatique). Ça, c'est moi.

Grand Turk (Caraïbes)

(Vu le temps dont nous sommes gratifiés en ce moment, je vais faire comme mon frère, qui m'envoyait des photos de Bora-Bora par mail pendant mon année d'agrèg', ce petit vicelard ; toutes les photos de cette note ont été prises à Grand Turk, aux Caraïbes, par Gerandlg ; source : FlickR) 

Théoriquement, au bout de ces trois ans, vous avez fini votre thèse. Sauf que cette durée n'a pas été fixée en fonction de ce qui était jugé nécessaire pour parvenir à un résultat scientifiquement acceptable, mais en coupant plus ou moins au milieu de la durée moyenne, en prenant comme principal référent les thèses de sciences dites "dures" (il faut dire qu'il était difficile de prendre comme référent les thèses de SHS faites en dix ans - autre temps, autres moeurs - soupir).

Résultat : si les physiciens et les biologistes, quand ils obtiennent assez vite quelque chose d'intéressant, peuvent finir dans les trois années fixées, les matheux, eux, se font souvent chier comme des rats morts au bout d'un an et demi et les gens de SHS... les gens de SHS tentent de jongler entre rendre un travail de qualité et ne pas trop tirer sur la corde, sachant que les critères selon lesquels ils seront évalués restent encore, dans un certain nombre de cas, ceux des thèses en dix ans. Cela m'a valu ce bon conseil de Chef : "Faire votre thèse en trois ans ? Non seulement ce n'est pas envisageable avec votre double corpus, mais en plus on vous attendrait au tournant."

(Je précise toutefois que je connais personnellement un cas de génie surhumain ayant brillamment fini en trois ans sur injonction de son directeur, ce que son jury de soutenance a très obligeamment pris en compte dans son évaluation.)

A cela s'ajoute que, quand bien même vous auriez fini, soutenu et tout et tout, il vous reste encore à être choisi pour un poste de maître de conférence.



A la fin du contrat doctoral, que vous ayez fini ou non, vous entrez donc dans un entre-deux et vous postulez pour des postes d'Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche, les fameux ATER.

Concrètement, qu'est-ce que ça change ?

Eh bien, dans tous les cas, vous travaillez plus que lorsque vous étiez doctorant contractuel (192 heures à temps plein, 96 heures à temps partiel, contre 64 heures maximum avant), ce qui s'explique aisément par le fait que vous êtes censé soit avoir terminé, soit être en train de terminer votre thèse (vous devriez avoir plus de temps, donc), pour gagner, en revanche, soit à peu près autant que votre ancienne bourse de thèse (environ 1600 euros par mois en temps plein), soit carrément moins (entre 1100 et 1200 euros par mois).

Université, ton univers impitoyable...

La suite dépend des disciplines. Grosses restrictions budgétaires partout obligent, il y a de moins en moins de postes d'ATER (et ce alors que les facs en auraient parfois cruellement besoin - mais ça coûte moins cher de payer des vacataires, pourtant hors université, parce qu'ils n'impliquent pas de cotisations sociales à verser). Alors soit les facs choisissent de garder des postes d'ATER pleins et donc d'en donner à moins de gens, soit elles proposent des postes de demi-ATER, qui profitent à plus de gens, qui disent adieu aux fruits et légumes et bonjour aux pommes de terre, mais qui ont au moins un revenu régulier à peu près stable (ai-je précisé que les vacataires ne commençaient à être payés qu'APRÈS la fin des cours qu'ils ont donnés ? oui, parce que, quand on est vacataire, on n'a pas besoin de sous pour la vie de tous les jours).



En ce qui me concerne, si je ne trouve rien du tout, j'ai toujours ma "bouée de sauvetage" (qu'il est assez indécent d'appeler ainsi, vu la situation actuelle en France et encore plus lorsque je suis en Italie) : l'agrèg'. Comme mon contrat arrive à sa fin, j'ai été bien obligée de me signaler au Ministère, qui devrait, dans le "pire" des cas, m'assigner un poste (probablement de TZR) à la rentrée.

Comprenez-moi : ce n'est pas que je ne veuille absolument pas enseigner dans le secondaire, malgré l'impréparation totale qui serait la mienne dans ce cas (enseigner à des étudiants, ce n'est pas la même chose que faire cours à des gosses de 14 ans, ne serait-ce que parce qu'on ne peut pas leur dire quand ils dépassent les bornes : "Vous n'êtes pas obligé d'être là ; prenez vos responsabilités, je ne vous retiens pas" - ce que, soit dit en passant, je n'ai jamais été obligée de déclarer). Je vous assure aussi que, vu mon appart' actuel, je rêverais presque de ce salaire, mirobolant vu d'où je suis (environ 1800 euros par mois, si je ne m'abuse), qui nous permettrait, à Chéri et à moi, de rassurer suffisamment un propriétaire pour qu'il nous loue un toit un peu plus grand que celui où nous sommes en ce moment. Parce que, pour le moment, une thésarde + un musicien, même sérieux et gagnant leur vie, ce n'est pas exactement le tiercé gagnant dans l'absurde et insupportable parc locatif parisien.

Le problème, c'est que, une fois sorti de l'univers universitaire, il est difficile d'y rentrer. Si j'ai bien compris, il n'est pas toujours évident, dans les commissions de recrutement, qu'un passage dans le secondaire n'est pas nécessairement synonyme de rupture totale avec le monde de la recherche, même s'il est de plus en plus fréquent (sachant que certains commissions peuvent aussi vous reprocher de ne pas avoir eu d'expérience dans le secondaire - c'est beau, la cohérence de la schizophrénie universitaire). Ce qui veut dire qu'il faudrait aussi être prêt à tuer sa mère pour avoir une vacation EN PLUS de son temps plein de prof en collège ou lycée. Et va finir ta thèse dans des conditions idéales, avec ça.

Bref, évidemment, le Top du Top de mes Rêves d'Or et d'Argent, c'est un poste d'ATER plein. Mais il ne faut pas trop rêver et, surtout, quelle que soit ma situation l'année prochaine, il y aura des avantages et des inconvénients. Comme toujours dans la vie, quoi.


(Oui, je sais, tant de mer alors qu'il neige dehors, ça ne va pas arranger notre santé mentale, à vous et moi ; il était temps que ça s'arrête)