jeudi 18 mars 2010

Roman photo

«Euh... Jacky ? - Oui, Jean-Mi ? - Ch'crois qu'on est cernés, là. Notre espace vital se réduit, va falloir faire quelque chose...»


«Attends, je crois que j'ai trouvé un passage ! Dans deux minutes, on pourra crier "thalassa ! thalassa !


«La vache ! C'est étroit ! Elle nous laisse pas beaucoup de possibilité de mouvement, cette cinglée !»


«Merde ! On est coincés !!!!»


«Au secouuuurs !!! On veut sortir de là, siouplaît quelqu'un !!!!!»


Je crois que j'ai définitivement trop de bouquins sur mon bureau...


mardi 16 mars 2010

Bis repetita NON placent !!!

Alors c'est l'histoire d'une fille, elle se pousse pour aller en cours. Même qu'elle se dépêche pour être à l'heure. Ce qu'elle ne réussit pas à faire et, avec cinq minutes de retard, elle et deux autres élèves (arrivées avant elle) ne savent pas que le cours a encore changé de salle. Heureusement qu'elles n'ont le choix qu'entre deux endroits : quand la porte de l'un est fermée, en règle générale, c'est l'autre.

Quand elles arrivent, les deux premières élèves sont en train de combiner un truc louche, le plus louche étant peut-être que le prof est à l'heure dans la salle, alors qu'il arrive normalement avec toujours une bonne vingtaine de minutes de retard et disparaît aussitôt en nous chantant l'air du "Oh...! J'ai oublié de faire des photocopies !", ce qui lui permet de nous faire le coup de l'Arlésienne pendant encore un quart d'heure. Mais aujourd'hui, pas de bol, pour lui comme pour moi : il avait oublié sa carte de photocopie.

Ce qui met tout le monde dans une situation proprement ridicule : avec un seul exemplaire du texte pour six personnes, comment c'est-y qu'on travaille ??? C'était d'ailleurs précisément ce qu'étaient en train de combiner les deux qui étaient à l'heure : se mettre l'une à côté de l'autre, pour pouvoir partager le texte ; avec les trois nouvelles arrivées, c'est impossible à faire, à moins de pratiquer assidument la lévitation (ce qui n'est pas mon cas et je le regrette : ça aurait de la gueule !).

On perd encore un quart d'heure, une étudiante finit par proposer de faire les photocop' sur sa propre carte. Quand elle revient, notre honnête étudiante sent les poils de sa nuque se hérisser d'horreur : elle a déjà eu cours sur ce texte avec le même prof la semaine d'avant, dans le séminaire sur la vie et l'oeuvre de la pomme de terre. La même traduction. Le même commentaire. Les mêmes "trous" ("Ah... euh... alors, ce mot-là, je n'ai pas eu le temps de le chercher, mais ça doit vouloir dire..."). Le même "lien" avec le cours précédent ("On est loin de la simplicité de la maison de campagne du gouverneur d'Achaïe."), dont je finis par ne même plus savoir si c'est celui du mardi ou du mercredi.

L'horreur.

J'ai cru que j'allais mourir lorsque la même étudiante a dû repiocher dans sa carte de photocopies pour que tout le monde ait... le texte qu'il nous a donné, la semaine dernière, à préparer pour le cours de demain.

Désespérée, j'essaie de faire une allusion "subtile" au Tragique de ma Situation : "Attends, montre-moi le texte ? Bah, écoute, si ça ne t'embête pas de mettre ton exemplaire au milieu, ne me le photocopie pas : je l'ai déjà eu la semaine dernière."

Le prof : "Ah, oui, c'est vrai que c'est embêtant."
Moi : "Le problème, c'est qu'on est deux à assister aux séminaires du mardi ET du mercredi, voyez-vous."
Le prof : "Ah, oui, alors il faudrait que j'adapte mon cours (Moi, in petto : "Bravo Einstein ! Ça fait au moins un mois que l'autre prof a pigé ça !")... Peut-être faire quelque chose de plus général dans un des deux séminaires...?"
Moi : "Oui, ce serait sans doute une bonne idée..."

Résultat : la seconde heure était moins pire que la première ; mais devinez qui va se faire chier comme un rat mort demain matin, pour cause de bis repetita quae non placent...?


EDIT mercredi 17 : Je me suis effectivement tapée exactement le même cours et j'ai dû répéter au moins vingt fois au prof : "Non, ça, c'est ce qu'on a fait hier, pas mercredi dernier...".

UNE différence : il a débordé d'une demi-heure, ce qui veut dire que j'ai eu, cette semaine, trois heures et demie avec ce prof, dont deux heures et demie de cours que j'avais déjà entendu, soit la veille, soit le mercredi d'avant, et que je retrouvais mot pour mot, remarque pour remarque, question pour question. Elle est pas belle, la vie ?

"On achève bien les chevaux..." Et les étudiants ?

jeudi 11 mars 2010

Fronton et la Communauté de l'editio

Dans le monde des gentils antiquisants, il y a parfois des moments où il est nécessaire de se livrer à deux opérations très peu recommandables et pourtant inévitables. J'ai nommé 1) le Relevé d'Occurrences et 2) la Consultation de Passages Parallèles, i.e. où un autre auteur traite plus ou moins du même sujet ; par exemple, sur l'incendie qui a eu lieu à Rome en 64, sous le règne de Néron, les passages parallèles chez Tacite et Suétone sont respectivement Annales livre 15 paragraphes 38 à 42 (qu'on abrège en "Tac. Ann. XV 38-42") et Vie de Néron paragraphe 38 aussi sections 3 à 6 (abrégé en "Suet. Ner. 38.3-6").

Autrefois, réussir ces deux démarches demandait une mémoire d'éléphant et/ou un système de fifiches absolument béton. Comme les Allemands du XIXème et du début du XXème siècle réunissaient incroyablement ces deux critères (il paraît qu'on n'a pas encore fini de dépouiller tous les papiers, notes et autres idées qui sont dans la bibliothèque du génial Theodor Mommsen), ce sont en général eux qui s'y sont attelés. Avec des conséquences annexes telles que : on ne dit pas "recherche des sources", mais "Quellenforschung" ; 'sont trop forts, ces Allemands ; si seulement j'arrivais à maîtriser suffisamment leur langue pour lire leurs articles... Enfin, bon, bref.

(Theodor Mommsen ; auteur inconnu ; source : Wikipedia Commons)


Aujourd'hui, l'antiquisant a UN ami, un camarade, un frère en Antiquité. Il s'agit de

Diogène.

Il est grand, il est beau, il est en libre accès (ici ; mais lisez la suite d'abord avant de vous y précipiter). Il a UN défaut : il ne fonctionne pas tout seul. C'est en effet un logiciel de recherche dans les bases de données de textes antiques (soit le Thesaurus Linguae Graecae et le Thesaurus Linguae Latinae), mais, si vous n'avez pas préalablement installé sur votre ordinateur ces bases de données (qui, elles, ne sont pas en libre accès, donc il faut que votre département ou votre bibliothèque aient acheté les CDRoms, ce qui est en général le cas), il fonctionnera dans le vide. Mais si vous les avez, alors vous pouvez chercher des occurrences ou un passage particulier dans la quasi-totalité des œuvres antiques. Chouette, non ? Révolutionnaire, plutôt, mon cher Watson.

Mais le problème est que, comme pour la plupart des bases de données en ligne, souvent, les éditions qui sont utilisées sont vieilles, voire archi vieilles. Donc, au niveau philologique, elles risquent fort d'être dépassées depuis un bon moment, ce qui représente un gros os, parce que l'établissement des textes antiques est quelque chose de très important. Autre tuile, les références correspondent rarement à celles qui ont ensuite été "standardisées" (en lettres classiques, on ne standardise pas grand chose, mais on s'est quand même rendu compte assez rapidement qu'il était un peu gênant que, lorsqu'un chercheur anglais donne telle référence dans l'oeuvre d'un auteur, elles correspondent, dans l'édition de son collègue italien, à un tout autre passage...) ; c'est moins grave (on vous reprochera toujours moins de vous être légèrement planté dans les références d'un passage que si vous avez bossé à partir d'une lecture totalement erronée d'un manuscrit, qui fait que votre texte, et donc ce que vous dites dessus, est fondamentalement faux), mais ça vous fait quand même passer pour un branquignol...

A chaque fois, donc, que vous utilisez l'ami Diogène, il vaut mieux aller ensuite vérifier en bibliothèque les références des passages auxquels vous renvoyez, en utilisant l'édition de référence du texte en question, généralement, en France, celle de la collection Budé. Par exemple, le texte du De Lingua Latina de Varron est beaucoup plus sûrement établi dans le Budé de 1985 que dans l'édition de 1910 donnée par Diogène : vous pouvez me croire sur parole, je me suis arrachée les cheveux hier en essayant d'en traduire un passage et mes problèmes se sont envolés lorsque j'ai mis le nez dans le Budé ; béni soit Pierre Flobert.

Le hic, c'est quand il n'existe pas d'édition Budé pour votre texte. Exemple tout à fait personnel et absolument récent, puisqu'il m'a valu presque une heure d'élucubrations en bibli ce matin : je suis en train de rédiger la première partie de mon mémoire ; j'ai besoin de faire un point sur les définitions des mots fama, rumor et opinio. Pour ce genre de choses, il existe un outil très pratique, qui s'appelle le Thesaurus Linguae Latinae : c'est le même nom que la base de données sur les textes latins, sauf que c'est un dictionnaire, bourré d'exemples et d'occurrences ; là encore, il n'a qu'un défaut : il est, pour le moment, bloqué à la lettre P (donc, pour rumor, je peux aller me brosser).

Or il se trouve que, à l'article "fama", il me donne une définition de Fronton, philosophe et grammairien dont l'empereur Marc-Aurèle fut le disciple. Cette définition est géniale, en plus elle fait la différence entre mes trois termes ; d'ailleurs, la référence de l'oeuvre est "De Diff. Serm.", ce que je comprends par "De Differentia Sermonum". Bon. Je vais quand même vérifier dans mon Gaffiot et là, je trouve un "Diff." pour "Differentiae", mais à l'entrée "Pseudo-Fronton" (i.e. qu'on a d'abord cru que Fronton en était l'auteur, puis on s'est rendu compte que non, mais comme on n'a pas le nom de celui qui a vraiment écrit ce livre, on continue à l'appeler "Fronton", avec "Pseudo" devant, pour montrer qu'on sait que ce n'est pas lui). La preuve, c'est que Diogène donne le texte sous le nom "Anonymus de differentiis (Fronto)", ce qui est une plaisante manière de dire "oui, bon, personne n'est d'accord sur l'attribution de ce texte, alors on a préféré rester le cul entre deux chaises".

Comme l'édition qu'ils ont reprise date de... 1880, je passe en bibliothèque (après avoir déposé mon dossier de thèse à qui de droit : alléluïa !!!) ce matin, pour vérifier les références de ma citation. Problème : à part son traité sur les acqueducs romains, traduit par le divin Grimal, Fronton ne semble pas avoir été édité en Budé. Après moultes recherches, j'ai fini par mettre la main sur deux éditions de... 1816 et 1823, dont une seule a un apparat critique et qui, surtout, ne sont pas d'accord sur l'établissement du texte. C'est sympa, les gars, et je fais comment, moi ?

Ben, je cherche l'édition Teubner (édition allemande, donc a priori béton au niveau philologique, mais totalement unilingue) de 1988, dont je viens de découvrir l'existence et que je n'ai pas trouvée à l'ENS ce matin.

Devinez qui va devoir reperdre du temps en bibli demain, alors qu'elle a un mémoire à rédiger...?

samedi 6 mars 2010

Best of... oraux

Histoire de donner du courage à ceux qui vont passer des oraux (et me faire pardonner d'un long silence, dû, vous vous en doutez, en partie aux vacances), voici un petit best of (ou worst of, au choix) de ceux que j'ai passés, prépa, concours et agrèg' inclus. Ou la preuve qu'on peut intégrer avec des oraux catastrophiques (à condition, toutefois, de bétonner ses écrits, d'où mon conseil : me mettez pas la charrue avant les boeufs !!!). Et aussi qu'on ne sait jamais ce que peut donner un oral.


Philo ENS :

"Oui, bon et donc, vous nous avez parlé de la théorie scientifique, mais qu'est-ce qu'une théorie scientifique ? Vous pouvez nous en donner un exemple ?"

Oh, putain de merde... On me l'avait raconté, genre "légende khâgnesque", pendant mon hypokhâgne ; j'avais ricané, mais j'aurais mieux fait de la fermer...



Philo prépa :

"Et sinon, vous êtes en train de lire quoi, pour mon cours ?
- L'Être et le Néant.
- Aaaah... Oui.. Heu... Bien... Je vous souhaite une bonne soirée."

Et merci, les copains, pour m'avoir informée sur l'Ultime Demande de chaque khôlle de philo ! J'aurais répondu Les Méditations métaphysiques, il m'aurait soumise à la question. ("Ah ? Intéressant ! Et vous en êtes où, exactement ? Et vous en pensez quoi ?")..! Le pire était sans doute que j'étais en train de le lire, ce bouquin ! :p



Médiévale, agrèg' :

"(voix nasillarde, légèrement ironique) Mademoiselle, vous avez parlé de sizain... vous pouvez nous le définir ?
- Eh bien, c'est un groupe de six vers...
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, mais encore...?
- Et bien, ces vers sont aussi disposés selon un schéma particulier...
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, mais encore...?
- Eh bien...
- Vous trouvez que ces six vers forment un sizain ?
- Eh bien, ils sont répartis entre deux répliques, avec trois vers chacun, mais le schéma des rimes correspond. (ton empressamment conciliant) Mais, si vous voulez, on peut considérer que ce sont deux tercets... Le schéma des rimes montre qu'ils sont liés entre eux et forment bien une seule et même partie. Cela ne remet donc pas en cause mon découpage de cette scène selon les différents mètres employés. Non ?
- Oui, mais encore ? C'est un sizain ou deux tercets ?
- Je dirais que c'est un sizain...?
- (ton sec) Mademoiselle, ici, c'est moi qui pose les questions."

Nom de Dieu, c'est franchement mal parti...



Histoire ancienne, ENS :

"Et, sinon, vous avez une idée de la surface moyenne cultivée par un paysan grec au Vème siècle ?"

Cette honnête étudiante admissible vient de basculer dans la Sixième Dimension : pour elle, le cauchemar a déjà commencé.



Latin, agrèg' :

"Bon, une petite dernière pour la route : vous avez parlé des Sicambres, vous pouvez nous dire quel célèbre héritier ils auront plus tard ? Je vous aide : c'est en rapport avec l'histoire de France."

Mon rapporteur saisit parfaitement une blagounette que je ne comprends pas et fait de son mieux pour contenir son fou rire. La chouette qui constitue le troisième membre du jury se bronche pas. Celui qui m'avait posé la question, bon prince, finit par me donner la réponse en me raccompagnant vers la porte : vous vous souvenez du baptême de Clovis et de ce que l'évêque est sensé lui avoir dit ? "Courbe-toi, fier Sicambre..." J'ai failli lâcher : "Ah, oui, il y a une contrepèterie cochonne, avec cette phrase...!!!" :p



Histoire ancienne, ENS :

"Vous l'avez rappelé, la triade méditerranéenne est composée de l'olive, du raisin et du blé. Mais bon, le blé, comme vous le savez peut-être, ça a besoin de beaucoup d'eau, ce qui pose problème en Méditerranée. Comment dit-on "blé", en grec ?
- Σίτον (pour ceux qui ne lisent pas le grec : "siton").
- Très bien. C'est assez vague comme terme.
- Oui, ça peut aussi désigner la nourriture en général.
- Bien. Et, à votre avis, quelle céréale ça peut désigner ?
- Euh... L'épeautre ?
- Bien essayé, mais non.
- L'avoine ?
- Non plus.
- Le seigle ?
- Non.
- Le sarrasin ?
- Hein ? Non, non. Allez, je vous aide : on l'utilise aussi pour faire de la bière.
- L'ORGE !!!!!

Ou comment les amateurs de bière se trahissent sans le vouloir... :p



Histoire ancienne, ENS (décidément, oral collector) :

"Quelles sont les sources antiques qui nous donnent des informations sur l'agriculture grecque ?
- Euh... euh... Xénophon et son Economique...?
- Oui, mais surtout...? Un auteur encore plus ancien ?
- (effort surhumain) Hésiode...?
- Voiiilà, c'est ça. Vous pouvez nous donner le titre de son ouvrage ?
- Euh... (merde, merde, merde !)
- Je vous aide : "Les hinhin et les hinhin".
- Ah oui, euh, "Les hinhin et les jours".
- Et le premier terme, c'est...?
- Euh...
- En sept lettres.
- Euh... (effort très intense)
- Ecoutez, on ne va quand même pas vous faire un pendu. Qu'est-ce qu'on fait pendant la journée...?
- On travaille ! Les Travaux et les Jours !!!!"

Notre malheureuse candidate n'aurait pas marqué beaucoup de points à Questions pour un champion...



Histoire contemporaine, ENS :

"Vous pouvez nous donner le nom d'un personnage important qui a participé à la contre-attaque de 67 ?
- (très fièrement) Benyamin Netanyaou !!!!"

Cette fois-ci, notre candidate aurait pu marquer des points à Questions pour un champion, si elle n'avait pas dû écourter la troisième partie de son exposé, faute de temps...



C'est tout pour aujourd'hui, mais il n'est pas exclu que j'en rajoute, si d'autres me viennent à l'esprit...!