lundi 8 février 2010

Gentlemen, it's been a pleasure to play with you tonight

C'est décidé, j'arrête d'aller en allemand ! La prof a changé, mais le cours ne sert toujours à rien pour lire un article et j'en ai marre de poser des questions débiles à ma voisine (entre autres) : "Wie viel Uhr es ist...? Wo wohnst du...? Wie heiβt du...?", quand il faudrait que j'apprenne à lire :

Die Frage der Arbeitsmethode Suetons bildete den Gegenstand des Interesses der früheren Forscher. In grösserem oder geringerem Mass befasste sich mit dieser Frage fast jeder, der sich einer Analyse der Biographien Suetons vor allem in literarischer und in gewissen Mas auch in sprachlicher Hinsicht widmete.

Vu qu'on en est à peine à l'accusatif et qu'on n'a toujours pas vu les verbes de modalité, je suis assez mal barrée et je passe une heure et demie toutes les semaines à me dire que je perds mon temps. Je progresse beaucoup plus en traduisant moi-même des articles et en apprenant le vocabulaire que je ne connaissais pas (i.e., pour le moment, environ deux mots sur trois - et encore, je suis optimiste). Also... back to Assimil' !


samedi 6 février 2010

Encore une victoire de canard !

Chère Monique (tu permets que je t'appelle Monique ? Après tout, c'est la quatrième année que tu es ma directrice),


depuis le temps qu'on se connaît, toi et moi, je pense qu'il est temps que je te donne un petit conseil. Non, ne me remercie pas, il vrai que je ne suis allée à aucun de tes buffets (qui, ai-je entendu dire, sont excellents, d'après ce qu'en disent les internes du Vème, qui essaient ainsi de palier la tambouille très peu digérable du Pot du soir), mais vois-tu, c'est la deuxième année que tu passes pour une boulette pour les mêmes raisons et sur le même sujet, alors je considère qu'il est de mon Devoir d'Elève et, surtout, d'Interne, de te donner un coup de pouce. Après tout, sait-on jamais, des bruits de couloirs disent que tu seras reconduite pour quatre nouvelles années (et, les bruits de couloirs, c'est mon affaire, en ce moment).

Le sujet est grave, tu t'en rendras tout de suite compte. Il s'agit des exercices d'évacuation. Il y en a un tous les ans, plus ou moins dans la nuit, pour vérifier que tout est (relativement) au point, ce qui est parfaitement normal pour un internat. Je t'avouerai que je n'ai aucun souvenir de celui qui a eu lieu pendant ma première année à Montrouge (peut-être pour la très bonne raison que je n'y étais sans doute pas présente cette nuit-là) ; l'année dernière, c'était vers 22h30, je sortais à peine d'une douche bien méritée après deux heures de cours de danse et je me rappelle m'être félicitée que ce ne soit pas arrivé une dizaine de minutes plus tôt, quand j'avais encore du shampooing plein les cheveux ; cette année, c'était vers 6h du matin, j'avais hésité la veille entre mettre mon réveil pour aller à la BNF, et dormir encore un peu, j'étais tentée par l'idée de repousser l'Heure Fatidique, l'alarme a réglé la question : c'était fort gentil au service "Hygiène et Sécurité" ne m'aider à trancher ce Dilemme (et de m'arracher aux bras de Morphée).

En fait, là n'est pas le problème. Le problème, c'est que, depuis deux ans, tu te fends d'une petite lettrounette pour nous informer qu'il y a eu un exercice d'évacuation : l'année dernière, elle était affichée sur les portes des deux tours ; cette année, nous avons l'Immense Honneur d'en avoir chacun un exemplaire dans notre casier.

Or, de toute évidence, celle de l'an dernier n'était qu'un amuse-gueule. Datée du 20 octobre, elle parlait d'un exercice qui, "comme vous avez pu le constater", avait eu lieu le... jeudi 26 octobre. Comment te dire ? il était déjà amusant de te voir parler, avec six jours d'avance dignes de la Sibylle et de la Pythie réunies, d'un exercice qui avait en fait eu lieu le 14, soit précisément six jours avant, mais apprendre en plus qu'il allait y avoir un jeudi 26, alors que c'était un samedi devenait désopilant et trahissait de ta part quelques petits problèmes de repérage dans le temps (ou d'agenda, au choix, dans le sens le plus matériel de cette expression).

Nous avions donc déjà beaucoup ironisé, comme des chacals agrégatifs que nous étions alors (et que nous sommes encore aujourd'hui : il suffit juste de remplacer "agrégatifs" par "agrégés"). Nous ne nous doutions pas que tu ferais encore mieux cette année.

Ta note est exquise, vraiment. A vrai dire, je ne suis même pas sûre qu'elle soit vraiment destinée aux internes. Datée du 25 janvier, elle revient sur l'exercice d'évacuation qui a eu lieu le... 16 octobre : quelle Célérité Administrative. Je reconnais d'ailleurs bien volontiers que je ne me souviens pas de la date avec exactitude, mais je soupçonne quand même que tu t'es un chouïa gourée cette fois-ci aussi, parce que tu parles d'un vendredi : or ma matinée du vendredi est archi pleine, donc il était fort peu probable que je planifie d'aller à la BN ce jour-là ; personnellement, je parierais plutôt sur le jeudi 15, mais bon, on ne va pas chipoter.

Le texte commence exactement par la même phrase que l'année dernière : "Comme vous avez pu le constater, un exercice d'évacuation a eu lieu le...". Je serais vilaine et mauvaise langue, je dirais que tu as seulement changé la date (enfin, "toi" : ta secrétaire, quoi !), mais ce ne serait vraiment pas chou et puis, pour introduire ce genre de papier, c'est vrai qu'il n'y a pas quinze mille formules possibles.

Ce que je goûte par contre tout particulièrement, c'est lorsque, après nous avoir rappelé que c'est-obligatoire-et-pour-notre-sécurité, tu nous annonces que c'est aussi l'occasion pour nous de nous "familiariser avec la tonalité du signal d'évacuation". Aaaaahhh... la douce tonalité du signal d'évacuation... ces deux notes charmantes qui retentissent avec la légèreté d'un deux tonnes et l'harmonie naturellement parfaite du nouveau visage plastifié d'Ornella Muti... Non, vraiment, là, c'est moi qui te remercie.

Suit la récapitulation des consignes à suivre. Je ne les détaillerai pas ici (ce post prend déjà suffisamment d'ampleur), mais je te ferai remarquer que, étant donné que nous autre, internes de Montrouge, vivons dans les tours B et C, nous n'avons aucune idée d'à quoi correspondent les points de rassemblements que sont "le long du tennis" (on a un tennis, à l'internat ???), "le long de la tour L" et "le long de la rue Pasteur" (ah, si, attends, je viens de trouver sur Google Map ; il semblerait qu'on ait vraiment un tennis ! Waow ! Mais pourquoi, en trois ans, n'en ai-je jamais entendu parler ?). Le plan annoncé ci-joint nous serait donc en effet fort utile... si, ci-joint, il l'avait été effectivement.

Enfin, ce qui me fait douter que cette note faite à la va comme j'te pousse ait vraiment été destinée aux internes, tu nous remercies de notre "participation active à l'amélioration de la sécurité sur notre lieu de travail". Notre "lieu de travail" ? un internat ? Ok, dans mon cas, je veux bien, mais un internat, c'est quand même censé être majoritairement un lieu de vie, non ? Bon, je sais, vous autres, à l'admin', vous avez "un peu" tendance à l'oublier (je passe sur la "capacité" du frigo, dont j'ai déjà parlé, mais, par exemple et pour faire dans le trivial, s'il était possible de renouveler le papier toilette plus souvent que toutes les trois semaines, ça m'éviterait d'avoir l'impression de me retrouver périodiquement de nouveau à Madagascar), mais quand même.

Je ne serai bientôt plus à l'internat : je vais devoir m'Aventurer dans le Vrai Monde, avec un vrai loyer et de vraies factures d'eau, d'électricité, de chauffage, d'internet, etc. Mais, je t'en prie, fais-moi plaisir, l'an prochain, cesse de contribuer à la déforestation massive de l'Amazonie en nous pondant une note de ce genre (je te rappelle qu'une liasse sur les consignes d'évacuation en cas d'incendie nous est distribuée tous les ans, en début d'année, quand nous venons récupérer notre clé), surtout quand, en plus, le résultat en est une si belle cagade.


("Les vilains petits canards", photo par (e)Spry ; source FlickR)

jeudi 4 février 2010

Citer ou non un texte antique dans sa langue originale ?

En ce moment, je suis en train de lire l'ouvrage d'un chercheur américain qui, je pense, me servira plus pour ma thèse que pour mon M2 et qui porte sur l'établissement de l'autorité autoriale dans l'historiographie grecque et romaine (en clair : ce qui fait que le lecteur d'un historien grec ou romain considèrera que l'auteur est qualifié pour écrire ce qu'il écrit et que, donc, son oeuvre est recevable).

Ce livre est très intéressant, solide scientifiquement et son auteur se distingue depuis longtemps par la qualité de ses travaux, là n'est pas la question. Le problème est qu'il cite les textes antiques systématiquement en traduction (avec parfois des morceaux de texte en grec ou en latin entre parenthèses), sans même donner le texte original en note.

Etant donné que je vais bientôt publier la traduction d'un article sur la nécessité de lire les textes antiques dans la langue où ils ont été écrits (désolée de faire ainsi durer l'attente, mais je n'ai toujours pas eu de réponse après envoi de ma traduction, donc je repousse encore un peu la date de publication ; j'attends encore une semaine), je me suis dit qu'il serait peut-être intéressant de montrer un peu comment cela se passe, concrètement, dans les travaux de recherche.


En France, en règle générale, on privilégie le texte original : il est toujours mieux de le citer, lui, plutôt qu'une simple traduction, d'abord parce que c'est sur lui qu'on travaille (en principe, i.e. quand on veut faire du bon boulot), avec toutes ses nuances et le style qui lui est propre, ensuite parce qu'on peut ne pas être tous d'accord sur une traduction, du fait même de toutes ces nuances, du style et du contexte dans lequel il a été écrit.

Il est cependant également bienvenu de donner aussi une traduction du texte qu'on cite, précisément pour montrer clairement comment on le comprend (n'importe qui ayant suivi, à un moment, un cursus littéraire, sait qu'il est très facile de noyer le poisson en restant soigneusement dans le vague ; or le vague est l'ennemi de la discussion scientifique, parce qu'il empêche de savoir si l'auteur a dit quelque chose de pertinent ou une grosse connerie). Il y a un moment où il faut savoir se mouiller et ce même dans son propre intérêt : c'est parfois en traduisant qu'on se rend compte qu'on a en réalité totalement mal compris le texte, en faisant un contre-sens ou en ne voyant pas certains éléments qui contredisent radicalement la théorie qu'on est en train d'exposer.

Souvent, les ouvrages de recherche un peu anciens ne donnent pas de traduction, très certainement parce qu'ils considèrent que leurs lecteurs ont une parfaite connaissance de la langue et sont donc parfaitement capables de comprendre ce qui est cité (ce qui devrait être toujours le cas aujourd'hui). Je ne reviendrai pas sur la question de se mouiller ou non (qui est quand même impliquée), pour faire seulement cette observation (navrée, vous vous en doutez, et vous le serez sans doute aussi quand j'aurai publié ma traduction de Woodman) : aujourd'hui, ce n'est plus possible.

De fait, si tous ceux qui étudient la littérature antique sont (normalement) censés avoir une connaissance aussi parfaite que possible (la perfection n'est pas de ce monde, surtout en grec ancien) du latin et du grec, ce n'est plus le cas des historiens, y compris de ceux qui étudient la période antique (pour autant que je sache, sur Paris, il n'y a que Paris I qui oblige ses étudiants à avoir au moins un minimum de connaissances en latin), ni de ceux qui étudient la littérature en général, en particulier de ceux qui seront certainement amenés à faire des comparaisons et/ou des références à la littérature antique.

Je n'argumenterai pas sur le cas des historiens, le texte de Woodman le fera beaucoup mieux que moi ; pour celui des "littéraires" (faute de terme plus spécialisé), j'ai un peu de mal à comprendre comment ils peuvent se contenter de traduction lorsqu'ils font de larges comparaisons, conscients comme ils le sont de combien est importante la manière originale dont le texte est écrit (le même problème se pose pour les textes de littérature étrangère).

Résultat : lorsqu'on travaille sur la littérature antique et qu'on pense un peu aux chercheurs d'autres disciplines qui pourraient être aussi intéressés par ce qu'on fait, on est également obligé de traduire pour des raisons purement pratiques.

Il est donc en théorie toujours mieux de citer le texte original en donnant ensuite sa traduction (que ce soit en note ou dans le corps du texte). Dans la pratique, l'attitude à adopter dépend aussi de la longueur de la citation et de ce que vous écrivez : si la citation est trop longue et que vous ne voulez pas faire quelque chose de trop long (pour un article, par exemple), vous pouvez résumer le texte ou le citer en traduction, en donnant quand même les passages importants en langue originale, soit en note, soit entre parenthèses.

Il est donc tout à fait acceptable de faire comme l'auteur du livre que je suis en train de lire. Le problème est que lui en fait la règle : il ne cite presque jamais le texte original dans son entier et en donne même relativement peu d'extraits pour les mots ou les passages importants. Voyons quand même le bon côté des choses : les traductions données sont manifestement les siennes. Mais enfin, comment peut-on étudier des textes antiques sans les citer "en version originale" au cours de son travail ?

Même si les références précises des extraits discutés sont données, c'est quand même une manière très différente de se poser, scientifiquement parlant, face à sa matière, que lorsqu'on cite les textes originaux, qu'on en donne une traduction ou non. Ne pas le faire, c'est en effet considérer, symboliquement, qu'il est accessoire, qu'en avoir une connaissance directe est accessoire pour comprendre les arguments développés et donc, en allant plus loin, que la connaissance de la langue elle aussi est accessoire, puisqu'il n'est plus vraiment utile de lire le texte autrement qu'en traduction.

Or c'est une pratique que l'on rencontre de plus en plus en lettres classiques. D'où mon étonnement et mes interrogations : pourquoi nous tirer nous-mêmes une balle dans le pied ? Nous n'avons vraiment pas besoin de ça !

mardi 2 février 2010

Les Prédateurs (ou comment passer un après-midi de merde)

Il était une fois, dans une grande, grande bibliothèque, une étudiante en lettres classiques qui lisait un énième article pour essayer de voir si elle pouvait en tirer quelque chose quant à la composition de la Vie de Néron. Le titre avait l'air intéressant, il mettait en avant le nom d'un des personnages secondaires (en l'occurrence, un eunuque que Néron a fait semblant d'épouser : on s'amuse comme on peut, quand on a épuisé (presque) toutes les perversions sexuelles), suivi de "The Making of Suetonius' Nero" : ça promettait.

Et, effectivement, les quinze premières pages étaient intéressantes, même si notre étudiante ne voyait pas trop pourquoi ledit eunuque était si fièrement mis en avant dans le titre, vu qu'il n'en était que relativement peu question dans le corps (sans jeu de mot) de l'article.

C'est alors qu'elle arriva à la troisième partie, intitulée "Composition". Elle était innocente, elle ne se doutait de rien, mais elle venait d'entrer en contact avec l'un des Prédateurs les plus redoutables qui soient dans la Jungle des Articles de Lettres Classiques : l'article de stylistique.

L'article de stylistique est, en soi, intéressant : il montre quelles structures de phrase a plutôt tendance à utiliser tel ou tel auteur, vous parle rythme, équilibre des propositions subordonnées, voire, même, subtiles nuances entre relatives et participiales (pour ceux qui sont totalement largués, cela veut dire que nous sommes de grands fous !). L'article de stylistique bien fait n'est pas trop long, il est clair et, surtout, il sait choisir ses exemples. Ce qui n'était hélas pas le cas du Prédateur que rencontra notre étudiante : il les accumulait sur des pages et des pages, sans autre véritable principe d'organisation que "eh bien, par exemple...", si bien que notre lectrice, toute bien intentionnée qu'elle fût, finissait 1) soit par s'y noyer, 2) soit par les sauter (réflexe de survie) en se demandant : "Bon, c'est quoi, la suite ?".

Et, justement, la Suite l'Attendait. Car la Suite était un Prédateur encore plus Redoutable : c'était, je vous le donne en mille, l'Article Métrique. La quatrième et dernière partie portait en effet le titre de "Numerus", ce qui veut dire que l'auteur en question se proposait (et mit sa menace à exécution) de scander un bon nombre de passages de ladite Vie de Néron.

C'est ici que nous avons besoin d'une Petite Minute de Littérature Latine : la poésie latine (et grecque) ne fonctionne pas sur le nombre de syllabes contenues dans un vers (comme en français), mais sur l'alternance entre des syllabes longues et des syllabes brèves (une syllabe est longue quand elle a une voyelle longue et inversement). Il existe certains schémas d'alternances fixes qui forment des pieds : par exemple, deux brèves suivies d'une longue forment un dactyle (du grec daktulos, le doigt ; regardez votre index droit : il est formé de deux petites phalanges, suivies d'une longue ; c'est la Magie de la Métrique !). Déterminer l'alternance de longues et de brèves dans un vers latin s'appelle scander ce vers.

Cela est donc tout à fait intéressant et primordial à propos de la poésie (et peut vous tirer de sacrées épines du pied lorsque vous devez en traduire). Mais figurez-vous que certains l'ont également appliqué à la prose, en particulier pour les fins de phrases (appelées clausules ; moi aussi, je cherche à vous faire augmenter votre stock d'insultes haddockiennes), auxquelles les auteurs (en particulier les orateurs) ont parfois cherché à donner un rythme particulier (NB : la lecture silencieuse est une invention du IVème siècle après et, dans l'Antiquité, la pratique des lectures publiques, appellées recitationes, était très répandue). Peut-être parce qu'ils se sentaient inférieurs à la poésie, ils ont donné à leurs propres alternances de brèves et de longues des noms encore plus compliqués, comme, par exemple, le dichorée (dont je ne me souviens que parce que, avec une amie, nous avions fait immédiatement une blague sur "l'ami dichorée", son bol et sa nappe jaune : là encore, on s'amuse comme on peut en prépa agrèg' ; comme nous riions sous cape comme des bossues au fond de la classe, le prof avait fini par nous demander pourquoi et, manifestement, ne partageait pas tout à fait notre sens de l'humour... :p Pour info, un dichorée, c'est deux fois une brève suivie d'une longue).

Lorsqu'elle tomba sur cette rubrique, notre étudiante sentit les petits cheveux sur sa nuque se dresser tous en choeur (mais c'était peut-être aussi dû à la température glaciale de la salle 3, je vous l'accorde ; j'ai quand même failli y laisser des orteils, en trois heures de boulot) et, de désespoir, écrivit sur le ficher où elle prenait des notes : "NdM (= "Note de Moi" ; on est narcissique ou on ne l'est pas) : Laissez moi mouriiiiiiiiiiiiiiiir sur scèneeeeeeeeeee !!!!!!!!!! Je vais finir par crever après tous ces comptages !!!!!! Rhaaaaaaaaaaaaaaaa !!!!!!!!!" (citation rigoureusement vraie). En bref, cette partie l'acheva et, après l'avoir rapidement survolée, elle décida d'appliquer le réflexe de survie (cf. supra).


Mais elle n'était pas encore au Bout de ses Peines, car, lorsqu'elle se pointa à la station du RER B avec, dans les bras, une thèse pesant deux tonnes et un bouquin un peu plus léger, mais quand même, ce fut pour apprendre que, "suite à un accident grave de voyageur", le trafic était suspendu entre Port Royal et Cité universitaire (soit précisément sur la portion que je parcours). Donc, direction le bus 38, qui suit à peu près le même trajet (mais en beaucoup plus de temps, vous vous en doutez).

Ici, laissez-moi vous décrire le 38 vers 16h30 : les mamies sont rivées à leur siège et débarque soudain une marée de marmots tout juste sortis de l'école, suivis de leur mère trimballant le petit dernier en poussette. Oubliez le fameux duel de Il était une fois dans l'Ouest : c'est pire. Et, hier, on était monté d'un cran dans l'Horreur Sardiniesque, vu qu'il y avait, en plus, tous ceux qui, d'habitude, prennent le RER. Le bus mettait donc trois heures à démarrer à chaque arrêt, le temps que tout le monde se tasse (et encore, je ne vous parle pas de la crétine qui se tenait au montant de la porte et se demandait à voix haute pourquoi elle restait ouverte, jusqu'à ce qu'un passager, excédé, lui crie, des profondeurs de la foule : "c'est à cause de ta main, abrutie !!!").

C'est alors qu'arriva, sans se douter de rien... une poussette. La gentille mamounette et son bébé s'approchèrent tranquillement de la porte arrière du bus ; tout le monde les regarda avec un air très peu aimable ; les portes s'ouvrirent ; échange de regards fixes ; duel inégal de prunelles pas contentes ; les portes se referment tant bien que mal ; Bébé regarde partir le bus, depuis le trottoir d'où sa mère n'a pas bougé d'un pouce, un air d'incompréhension dans ses jeunes yeux.

Et oui, mon p'tit gars, parfois, la vie, c'est vraiment une
Impitoyable Jungle...