dimanche 1 septembre 2013

Tic Toc Choc 1

Nous sommes le 1er septembre et cela fait un moment que je me demande s'il ne serait pas intéressant d'essayer de vraiment "chroniquer" ma fin de thèse. Mon objectif est de finir d'ici à la fin de l'été 2014, pour pouvoir soutenir en décembre.

L'idée est donc de tenter d'écrire un message par jour, pour "documenter" l'avancement et, je l'espère, l'achèvement de ma thèse, entre rédaction, enseignement et dernières recherches. Je ne me fais pas d'illusions : il est fort peu probable que j'écrive à partir d'aujourd'hui 365 messages. Mais je ferai de mon mieux.

Par contre, cela risque d'être assez court et peu palpitant, ne serait-ce que parce que "j'ai avancé mon chapitre 3" ne passionne personne. Le seul palpitant qu'il y aura sera vraisemblablement mes démêlés avec le rectorat. Je n'ai en effet toujours aucune nouvelle, ni positive, ni négative, de mon recours. Vous aurez donc, demain, un récit de ma visite à Créteil, hélas...

mardi 30 juillet 2013

Le Retour de la Revanche du Rectorat

Souvenez-vous, c'était il y a (à peu près) trois ans : sur liste d'attente pour une bourse de thèse avec monitorat, j'étais écartelée sur le grill en me demandant s'il fallait que je me signale au rectorat de Versailles ou que j'attende en envisageant de me financer potentiellement pendant un an en vendant des allumettes à tous les coins de rue.

Un contrat doctoral plus loin, mes capacités à me coller malgré moi dans des situations impossibles se confirment.

Ceux qui me suivent sur Twitter le savent déjà : j'ai eu un poste d'ATER. Pas à Nanterre, mais en région parisienne, en latin et à temps plein. Je comptais faire un billet sur combien j'ai été heureuse à Nanterre et le pincement au coeur que j'ai eu en me disant que je ne travaillerais plus là l'an prochain, mais aussi sur combien j'étais  également contente d'aller voir ce qui se passe ailleurs et de respirer un peu d'air nouveau, d'autant que la nouvelle équipe où je suis partie pour m'intégrer a l'air aussi sympathique et dynamique que l'ancienne.

Et puis j'ai déménagé, j'ai eu des problèmes avec mes anciens propriétaires (dont je ne suis toujours pas débarrassée), j'ai eu beaucoup de travail, bref : j'avais un super sujet de note de blog et, à force de me dire que j'avais encore le temps de l'écrire, j'ai fini par ne jamais le faire.

C'est mal.

Mais aujourd'hui, j'ai à nouveau des choses à raconter, car tout ça est peut-être en péril, à cause d'une histoire de date et, pour une fois, de mon niveau d'angoisse étonnamment bas.

Après avoir appris que j'avais ce poste d'ATER (et mesuré la chance que j'avais de l'avoir), j'ai été invitée à la réunion de fin d'année du département où je devrais travailler l'an prochain et j'ai rencontré les responsables administratifs de l'UFR, qui m'ont dit qu'ils n'avaient pas encore eu de confirmation officielle de l'université, mais qu'ils me contacteraient dès que ce serait le cas.

Le temps passe et je me rends compte que, contrairement à presque tous les autres dossiers de candidature que j'ai déposés, celui qui a été retenu ne comportait pas de formulaire de demande de détachement.

Le point Education nationale

Je suis agrégée. Quand on a l'agrégation, on doit, l'année d'après, faire une année de stage, avant d'être titularisée. Dans mon cas, j'ai obtenu tout d'abord un report de stage pour fin de scolarité à l'ENS, puis une mise en disponibilité pour exercice des fonctions de doctorante contractuelle avec mission d'enseignement, ce qui veut dire que l'Education nationale a considéré que j'accomplissais mon stage pendant mes trois ans de monitorat. A la fin de mon contrat doctoral, c'est-à-dire maintenant, j'ai donc été considérée comme titularisée et j'ai dû participer aux divers mouvements inter- et intra-académique. Pour être ATER, il me faut désormais demander mon détachement au rectorat.

Fin du point Education nationale

Je me suis donc mise en Quête, sur le site du rectorat, d'informations pour savoir comment demander à être détachée comme ATER. J'ai trouvé des pages sur "Vous pouvez être détaché pour exercer des fonctions d'ATER", suivies de "ATER, sa vie, son oeuvre, pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien", des pages sur "Quand, comment, pourquoi être détaché lorsqu'on est CPE et autre type de personnel non enseignant", des pages sur "Vous venez d'être titularisé dans notre académie ? félicitations !" et les pages carrières m'ont orientées vers des concours internes, des promotions au mérite et une cellule d'aide psychologique.

J'ai donc élargi mes recherches et trouvé que les dates limites de Paris et Versailles étaient mi-juillet. Je me suis dit que ce devait être la même chose pour Créteil et, comme on était presque fin juin, je ne me suis pas inquiétée. J'ai aussi pensé qu'il valait mieux que j'attende d'avoir un papier officiel de ma nouvelle fac pour envoyer ma demande, histoire de la motiver sérieusement. J'ai donc attendu d'autant plus tranquillement que Altaïr m'avait fait miroiter un envoi de contrat.

C'est là où mon radar à emmerdes aurait dû se déclancher.

Radar

(Bip ! bip ! je sens approcher une grosse emmerde ! ; photo par BenFrantzDale ; source : FlikR)

Il a commencé à biper lorsque j'ai reçu un mail de la responsable du service du personnel enseignant de la fac, sur le thème : "Dites, vous ne nous avez toujours pas retourné votre acceptation officielle du poste". A quoi j'ai répondu : "J'aurais bien aimé, mais je n'ai rien reçu." Nouveau mail : "Ah oui, pardon, désolés, on a oublié de vous l'envoyer." On était le vendredi 4 juillet.

Munie du fameux papier en format pdf, j'ai passé le reste de la journée à essayer désespérément d'avoir quelqu'un au téléphone au rectorat. De guerre lasse, j'ai fini par envoyer un mail à leur service du personnel enseignant. C'est que, entre temps, j'avais reçu un sms m'annonçant que j'étais nommée dans un collège n'ayant aucun rapport avec les zones de remplacement que j'avais demandées (mais desservi par le RER B, Dieu merci), puis un coup de fil d'une prof de français enseignant là-bas, qui voulait prendre contact et parler services d'enseignement.

Lundi 8, administrativement aux aurores, nouvelle série de coups de fils. Personne au département dont je dépends, personne au standard du service du personnel enseignant, mais, en appelant, en désespoir de cause, le standard central du rectorat, j'ai réussi à remonter toute la ligne et à avoir quelqu'un. J'ai alors appris deux choses : 1) la personne responsable de moi n'était pas là ce jour-là ; 2) la date limite, c'était fin juin, donc j'étais hors délais et ma demande dépendait de l'avis du recteur. J'ai tout de suite écrit et posté la lettre. Le lendemain, je reçois un mail de ma gestionnaire me demandant de tout envoyer au plus vite et me confirmant que tout dépend de la rectrice.

Le temps passe. Au bout d'une semaine, j'envoie un mail à ma gestionnaire pour m'assurer qu'elle a bien ma nouvelle adresse, savoir si ma demande est arrivée et si elle peut me donner une idée de la suite qui va lui être donnée. Aucune réponse. Pendant ce temps, la fac m'appelle parce qu'ils ont besoin d'une copie de mon contrat doctoral pour faire mon contrat d'ATER ; quand je leur parle du détachement, ils n'ont pas l'air très au courant des formalités et des délais. "Mais je vais quand même vous faire votre contrat comme si tout allait bien, on ne sait jamais." Rassurant.

Chéri et moi finissons par partir dans le sud de la France, en prêtant notre appartement à des amis vivant aux Etats-Unis. Je demande à ma copine de relever le courrier, en surveillant tout particulièrement les lettres du rectorat et de m'appeler immédiatement si quelque chose arrive.

Une autre semaine passe. Depuis mon nouveau Lieu de Réclusion Pour Ecrire ma Thèse, j'essaie d'appeler le rectorat pour savoir où ça en est. C'est simple : le matin, où que j'appelle, ils ne répondent pas et, l'après-midi, le téléphone est décroché et sonne donc perpétuellement occupé.

Une semaine plus tard, hier donc, coup de fil de ma copine : la lettre du rectorat est arrivée ; mon détachement est refusé à cause des besoins en prof de lettres classiques dans l'académie et du caractère tardif de ma demande.

Seven Hells.

A un jour près, mon humeur était en parfaite adéquation avec l'orage qui nous est tombé dessus dans la nuit de dimanche à lundi.

orage 042

(Braoum. Photo par RomainSeaf ; source : FlickR)

J'ai donc passé la soirée à écrire des mails. Aux directeurs de département et d'UFR de ma fac. Au président du ma section CNU, qui enseigne dans ma fac. A Chef, qui en est le vice-président, pour savoir s'il avait une idée des recours possibles. A ma future collègue de latin dans ma nouvelle fac, pour la mettre au courant en espérant ne pas trop lui polluer ses vacances. A la Société des Agrégés, pour bénéficier de leur expérience dans la gestion de ce genre de problèmes.

Mon humeur était "Eh bien, puisque c'est comme ça, quoi qu'il arrive, je prends mon poste d'ATER. Ils n'auront qu'à me déclarer en abandon de poste et me faire perdre mon agrégation. Ma tête fonctionne remarquablement bien, j'ai en général un bon contact humain et je parle couramment quatre langues, on va voir si je ne trouve pas un boulot avec ça, le temps de postuler pour être MCF !"

Puis les mails ont commencé à arriver. Globalement, tout le monde a dit que c'était étonnant et qu'ils allaient contacter les personnes qu'ils connaissaient et voir ce qu'ils pouvaient faire pour arranger ça. Le plus intéressant a été le coup de fil de la Société des Agrégés : j'ai en effet appris que, certes, j'aurais dû avertir le rectorat de mon intention de postuler comme ATER dès mon affectation inter-académique, mais que ce n'était pas à moi d'envoyer la demande, mais à l'université qui m'avait recrutée. Gros blanc, parce qu'on m'a quand même tapé sur les doigts de ce côté-là, sur le thème "Mais enfin, comment est-il possible que vous ne les ayez pas contactés tout de suite sans attendre, tous les autres l'ont fait, il n'y a d'habitude aucun problème !"

Ma principale erreur, à mon avis, a surtout été de ne pas m'être démenée pour savoir comment ça allait se passer, ce qu'il fallait que je fasse, etc. et aussi de ne pas avoir eu l'idée de demander tout de suite à l'université quelles étaient les démarches à accomplir, parce que tout le monde est parti du principe que je savais ça et personne ne m'a rien dit. Mais comment peut-on poser une question à laquelle on ne pense pas, parce qu'on n'a pas (encore) l'expérience de ces mic-macs administratifs ?

Je suis donc à nouveau en attente. Des démarches faites par les autres. De la demande de recours gracieux que j'ai envoyé à la rectrice, sur les conseils de la Société des Agrégés, qui l'enverra avec une lettre de soutien. Sauf qu'à présent, le rectorat est fermé jusqu'au 20 août et que, quand il rouvrira, moi, je serai encore en Italie.

Hé ! Free ! tu me fais un prix sur les communications transnationales ?

mardi 18 juin 2013

Comment Casto m'a vendu du rêve

Quand on en a ras-le-bol du travail qu'on fait, qu'il s'agisse d'une saturation permanente ou momentanée, on a tous le réflexe de se dire : "Bon sang, mais pourquoi j'ai choisi de faire ça ! Ce n'est pas ça que j'aurais dû faire ! J'ai besoin d'un travail qui soit plus ceci et plus cela...!", etc. En général, quand on fait un métier dit "intellectuel", ce fantasme se porte sur des métiers dits "manuels" (je mets des guillemets car certains de ces derniers requièrent souvent d'être sacrément pensés ; à l'inverse, il y a des ingénieurs qui se rendent douloureusement compte que mesurer toute la journée la température des yahourts ne met pas en branle beaucoup de neurones). L'idée est "mais pourquoi je me prends la tête avec ça 16h sur 24, 7 jours sur 7 (estimation basse), alors que je pourrais tout simplement faire pousser des carottes".

Dans mon cas, c'est une sorte de running gag depuis mon entrée en prépa. A l'époque, je parlais de m'engager dans la marine, puis, une fois connue la khâgne, de partir élever des chèvres en Irlande ("Mais le gâtisme au cul verdâtre / Le guette comme au fond d'un bois / Sans essayer de se débattre / Lugubrement le khûbbe boit", hein !). Depuis mon année d'agrèg', je zieute les massifs de fleurs de la mairie de Paris, en me disant périodiquement que, faire pousser des violettes et des géraniums, ce n'est pas si mal, ça permet de prendre l'air et de faire un chouïa plus d'exercice physique que de se lever cent fois par jour (estimation basse) pour aller soulever Félix / Anatole / Bob et autres tria nomina.

Et puis il y a le jour où il faut s'y coller, au travail manuel. Et figurez-vous que c'est beaucoup moins simple que ça en a l'air quand on est coincé dans une bibliothèque à lire l'article d'un fou ayant intégralement scandé une Vie de Suétone.

Ayant finalement réussi à trouver un nouvel appartement (aaaaaaaalelluia !!!), nous avons décidé d'y faire quelques travaux avant d'y emménager. En l'occurrence, repeindre les murs et poser du stratifié sur un lino fort vilain qui n'aurait jamais dû être vendu passées les années 90 (et encore).

La peinture, c'est relativement fastoche. On l'avait déjà refaite, sur demande des propriétaires, dans l'appartement qu'on va quitter et, même si le travail n'est évidemment pas aussi impeccable que celui d'un professionnel, le résultat est quand même grandement satisfaisant.

Le stratifié, c'est autre chose. L'idée nous est venue quand nous sommes tombés sur une annonce de type "60 m carrés, métro Nation, 750 euros par mois, mais à condition de faire de gros travaux" : avant d'apprendre que l'agence avait déjà reçu tellement de dossiers qu'il était inutile de même penser déposer le nôtre, nous avions eu le temps de cogiter à ce qu'il serait possible de faire.

C'est ainsi que nous sommes tombés sur la vidéo tutoriel de Castorama : "Une demi-journée pour poser un parquet stratifié à clipser : c'est Castoche !" (non, non, ceci n'est pas un billet sponsorisé : pas de ça ici). 



Si vous avez la flemme de perdre environ un quart d'heure de votre précieux temps, le pitch est : "Moi, Benjamin, glandu de 28 ans à la voix perpétuellement enjouée, je suis un intello-mais-pas-trop et, malgré ce Handicap, je suis tout à fait capable de poser mon parquet en trois coups de cuillère à pot, parce que, je suis un peu con, j'ai déjà invité mes potes à dîner pour fêter ça, donc il va vraiment falloir que je me magne le popotin, sur une musique à quatre notes et demie (estimation haute)".

"Hu, hu, me direz-vous, voilà qui a l'air d'un jeu d'enfant ! Même un trépané borgne et manchot pourrait s'en sortir finger in ze nose !"

Ouais. Sauf que non, en fait.

"Posez votre film pare-vapeur. Et voilà !" Ouais, ouais, "et voilà" ! Pas UN angle droit dans notre nouvel appartement. Pour tout vous dire, le mur de séparation des deux pièces ondule. Oui, vous avez bien lu, il ondule : à première vue, ce n'est pas manifeste, mais je vous garantis que ça le devient au moment du "pom popopom ! tudieu ! posons notre film pare-vapeur !" Avantage : pas besoin de se prendre la tête avec les cales de dilatation (comment ça, vous ne savez pas que de l'agglo avec dessus une couche de papier imitant le bois, ça réagit à l'humidité comme si c'était du bois ?!) ; l'ondulation du mur s'en charge elle-même.

Je vous épargne les répliques qui me sont passées par la tête du moment du "Voici le côté mâle et le côté femelle : c'est LÀ que je vais clipser !!"

Allons directement au "Et hop ! je clipse !" Et hop ! je clipse pas du tout ! C'est plutôt : et hop ! je rame pour bien joindre les planches, puis je les abaisse, ce qui les fait bouger, donc je relève, je rabaisse, celle d'à côté bouge à nouveau, je relève, je rabaisse, celle que j'avais posée il y a vingt minutes bouge à son tour, etc., etc. Des heures de jeu en perspective ! Et encore : nous sommes deux ! Benjamin, lui, a des super-pouvoirs : il fait ça tout seul !

Personnellement, j'aime beaucoup son "Clac !" au moment où il en assemble deux dans la longueur. D'après notre courte expérience, le bruit est plutôt "boum, boum, boum !" : c'est le doux son du marteau, sans lequel il est impossible de les emboîter dans ce sens. A ce propos, je me suis rendue compte que, une fois debout sur la planche, je suis parfaitement efficace pour la maintenir immobile, pendant que Chéri tente de ne pas s'écraser un doigt (c'est son outil de travail, ce serait gênant). Je me demande si je ne pourrais pas me faire valider ça comme "compétence technique" par mon école doctorale. Problème : je devrais me remplir à moi-même une attestation : ça risque de faire désordre.

La partie "découpons joyeusement un morceau pour contourner un angle" est désopilante, elle aussi : "Un petit trait à l'équerre et hop ! c'est nickel !" J'avoue, j'ai tenté : "Et hop ! c'est nickel !" Sauf qu'ensuite, il faut scier. Comme "sc" devant "e" et "i" se prononce [ch] en italien, Monsieur Mon Chéri a tendance à prononcer "chier" : je ne sais pas pour combien y entre son inconscient, mais mon conscient, lui, approuve vivement.

Bref : Casto, tu m'as vendu du rêve. Le résultat n'est pas si mauvais (cf. photo ci-dessous), mais nous sommes partis pour faire nos deux pièces en quatre jours, au lieu d'un comme ton grand niais enjoué de Benjamin s'il avait décidé de faire son salon en plus de sa chambre ; pourtant, on a sacrément utilisé nos neurones et j'ai invoqué les mânes de mes deux grand-pères. La conclusion est que, déjà que je ne considère pas que mon métier ait plus de valeur que celui d'un jardinier ou d'un menuisier, mais là, clairement tu m'as tué mes fantasmes de reconversion en décoratrice d'intérieur solo.

Heureusement, il me reste encore ceux de peintre en bâtiment.


(notre futur salon - évidemment, cadré pour donner l'impression qu'on a fini, hein ! On est peut-être plus cons que Benjamin, mais on a de la ressource pour maintenir les apparences !)

samedi 4 mai 2013

De l'épanouissement par les pièces justificatives (le retour)

Tout comme Lina, je suis occupé en ce moment par la campagne des candidatures d'ATER. Je ne peux que souscrire aux analyses très pertinentes qu'elle a développées dans ses récents messages, notamment celui consacré à la typologie des marottes administratives. Il me semble toutefois qu'on peut en distinguer une sixième.

6) La labyrinthite : Certaines facs, soit parce qu'elles souffrent d'une administration particulièrement mal organisée, soit parce que leurs DRH ont fumé trop d'exemplaires de Sparte d'Edmond Lévy (Paris, Seuil, 2003), semblent considérer que la constitution d'un dossier d'ATER doit déjà être une épreuve de sélection en soi, une sorte d'agôgè par correspondance qui justifie de tout faire pour que la recherche d'information soit aussi compliquée que possible.
Normalement, sur Altaïr, une fois que vous terminez d'entrer une nouvelle candidature, une page s'affiche qui comporte la liste récapitulative des pièces à joindre au dossier, ainsi que des liens vers un nombre variable de formulaires à télécharger et à remplir. Dans un monde idéal, ce serait la vraie liste et on pourrait s'y fier les yeux fermés (et certes, pour certaines facs, ça marche). Sauf qu'en fait, assez souvent, non !
Parfois, c'est visiblement que quelque chose n'a pas été bien entré dans Altaïr par l'administration de la fac (qu'on ne saurait toutefois soupçonner de ne pas toujours maîtriser parfaitement les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication : nous sommes à l'ère du C2i, que diable). Ce qui fait que par exemple, malgré vos efforts attentifs pour cocher le bouton-radio correspondant le mieux à votre situation actuelle, la liste vous indique qu'il faut fournir un mot de votre directeur promettant une soutenance dans l'année alors que vous faites partie des heureux qui ont déjà soutenu leur thèse.
Vous allez me dire : dans ce sens-là, ce n'est pas trop grave. Sauf que parfois ça arrive aussi dans l'autre sens : des documents qui ne sont pas dans la liste d'Altaïr sont en réalité à fournir absolument pour que votre dossier soit complet.
Exemple. Je veux candidater pour un poste d'ATER en grec ancien à l'Université de Hobbitebourg (*). J'entre ma candidature sur Altaïr, je fais une copie d'écran de la liste des pièces à joindre (oui parce que cette page s'affiche *une fois* et que si vous ne pensez pas à la copier quelque part, il faut refaire la candidature pour l'afficher de nouveau). En homme moderne et organisé, je dégaine mon imprimante et mon crayon pour tout imprimer dans l'ordre et cocher les entrées de la liste au fur et à mesure. J'imprime un dossier à remplir et à joindre en plus du dossier Altaïr, alors qu'il comporte exactement les mêmes renseignements (c'est une expérience nouvelle pour vous ? Moi, ça m'arrive tout le temps). Mais au moment de lire et de remplir ledit dossier, qu'aperçois-je, en petits caractères sous un tableau-des-activités-des-années-précédentes-aux-cases-trop-petites-pour-que-les-informations-à-entrer-y-entrent-vraiment ? Une note précisant qu'il faut joindre au dossier les copies des contrats précédents. Moralité : toujours lire les petits caractères...
(Naturellement, un contrat comme ça, c'est trois pages à imprimer en moyenne. Sans oublier l'avenant que vous avez été obligé de faire parce que l'administration de la fac avait mal calculé votre traitement dans la première version, donc en fait quatre pages. En deux exemplaires, bien sûr.)
Ayant terminé d'imprimer et de remplir les différentes pièces du dossier (ou du moins le crois-je), je me rends machinalement sur le site Web de la fac pour vérifier l'adresse postale exacte. Mais là, que trouvé-je sur la page des recrutements d'ATER ? Des liens vers d'autres pièces à joindre au dossier, différentes de celles qui figuraient sur Altaïr alors qu'elles concernent les gens dans ma situation ! Moralité : toujours aller voir aussi le site de la fac et pas seulement Altaïr.

On observe que la labyrinthite consiste parfois à l'origine en une forme de pointillite particulièrement retorse. Contre toute attente, elle finit par présenter un intérêt esthétique en elle-même, tant son absurdité confine au fantastique. Il y a eu par exemple ce dossier dans lequel, à la première ligne, figuraient des champs classiques "NOM Prénoms", et qui, deux paragraphes plus loin, comportait une phrase du type "Je soussigné" qu'il fallait de nouveau compléter avec vos nom et prénom. Pourquoi demander à la personne de préciser deux fois ses nom et prénom au cours du même formulaire ? Avaient-ils peur que, lassé, je fasse remplir la fin par quelqu'un d'autre ? Voulaient-ils vérifier que ma seconde personnalité de schizophrène n'avait pas pris le dessus pendant l'intervalle de quelques minutes entre ces deux lignes ? Le mystère demeure.
Il y a eu aussi le cas de cette université qui, sur Altaïr, fournit un lien vers un formulaire classique d'engagement à se présenter à un concours de l'enseignement supérieur l'année suivante. Et qui, sur le site de l'université elle-même, fournit un lien vers un dossier général qui ne figure pas sur Altaïr, et qui, entre autres cases, comporte... un paragraphe d'engagement à se présenter à un concours de l'enseignement supérieur l'année suivante.

Des blasés ou des impatients diront peut-être : "Qu'en avez-vous à faire de ces redondances ? N'imprimez que ce que vous savez être vraiment nécessaire ! Et sur ces dossiers, remplissez une fois les informations et biffez dédaigneusement le reste !" Mais rappelez-vous : tout dossier incomplet à la date indiquée sera rejeté. Et quand on a besoin de faire rapidement une sélection parmi des masses de dossiers... Je suppose que c'est un peu partout comme ça dans le monde du travail : des pratiques abusives ou tout simplement stupides persistent parce que les gens qui y sont confrontés ont besoin du boulot et ne disent rien, en tout cas rien ouvertement.

Qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions. Je ne voudrais certainement pas dire du mal de l'administration des universités en général. Les administrations efficaces existent, les secrétaires efficaces aussi (j'en ai rencontré). On peut même dire que si les étudiants savaient à quel point leur destin repose parfois sur les frêles épaules d'un (souvent encore d'une) secrétaire qui passe ses journées dans le bureau exigu d'à côté, ils lui offriraient plus souvent des chocolats. Mais enfin tout de même, il y a des fois où ça confine à la caricature. J'ai souvent été tenté de créer un Prix annuel de l'Université la Plus Ch*** pour les formalités de campagne d'ATER. Un Prix pour lequel les noms des facs ne seraient pas changés, naturellement. Cette récompense, il faudrait lui trouver un beau nom : le Prix Kafka (un brin classique), ou le Prix Brazil, ou encore le Prix de la Maison-qui-rend-fou. Le ridicule public ferait peut-être plus rapidement changer les choses dans les universités concernées que des recours... administratifs.

(*) Le nom a été changé pour préserver l'anonymat de l'établissement.