mercredi 30 juin 2010

Ça commence à devenir presque comique...

Je crois qu'au point où j'en suis avec cette histoire de bourse de recherche, si ça continue, je vais finir par en rire (jaune), tellement ça devient absurde.

Je vous avais laissés il y a un peu plus d'une semaine sur mes histoires de papier à faire signer pour ma candidature à Nanterre, tout en espérant très fortement ne pas avoir à déposer ce dossier grâce à un Miracle Normalien.

Miracle qui, hélas, trois fois hélas, n'a malheureusement pas eu lieu : j'avais envoyé un mail lundi dernier à la responsable des bourses à l'ENS sur le thème "dites, c'est demain la date limite pour Nanterre, alors si vous pouviez me dire, même officieusement, s'il y a déjà eu des désistements, ce serait choupinou, parce que ça fait plus de deux semaines que les résultats sont tombés, maintenant...". Réponse dans la journée : "J'ai bien conscience que vous êtes dans une situation très inconfortable, mais il n'y a eu aucun désistement pour le moment, donc, vraiment, déposez un dossier à Nanterre".

Je fais par conséquant l'aller-retour à Nanterre mardi matin, dépose mon dossier, apprends le lendemain que je suis retenue pour l'oral du vendredi midi. Le tout en consultant bien sûr frénétiquement mes mails sur mon adresse ENS, dans le fol espoir de couper à cet énième oral... Comprenez-moi : j'ai beau en avoir passé une bonne vingtaine à présent, je stresse toujours autant comme une bête, même si je suis assez bonne dans ce genre d'exercice ; du coup, si je peux me l'épargner, tant qu'à faire...

Mais, évidemment, pas de mail jusqu'à vendredi matin, donc direction Nanterre.

L'oral s'est assez bien passé, ce qui n'était pas gagné d'avance, parce que, pendant que j'attendais dans le couloir, j'ai entendu un membre de la commission s'exclamer (oui, oui, je sais, dans de telles circonstances, on n'entend jamais vraiment ce qui est dit et on se fait de fausses idées, mais quand même) : "Ah, oui, c'est la bourse pour rien ! Mais, oui, enfin, ce sujet a déjà été traité un millier de fois depuis des années !". Il faut savoir que les écoles doctorales regroupent des chercheurs de diverses disciplines, en l'occurrence des géographes, des ethnologues, des sociologues, etc., qui ne voient pas toujours l'intérêt de continuer à étudier l'Antiquité, en particulier quelque chose d'aussi "mort" que la littérature latine. Ce n'est pas le cas de tous, mais il y en a toujours quelques-uns (je précise qu'il y a aussi des antiquisants qui considèrent comme "vulgaire" et "commun" de faire de la sociologie ou de la géographie, ce qui est tout aussi idiot). Chouette.

J'ai quand même pris mon courage à deux mains en essayant de ne pas trop avoir l'air d'une victime allant à l'abattoir (après tout, rien ne peut être pire qu'un oral de médiévale) et j'y suis allée. Je pense les avoir intéressés, ce qui est déjà ça, en particulier lorsque j'ai parlé de l'aide certaine que m'apporteraient les études sociologiques sur la circulation de l'information, la tradition orale et l'opinion publique ; j'ai pu m'appuyer sur ce que j'avais fait en master 2 pour donner des exemples précis, je pense que c'était une bonne idée, surtout devant des gens qui ne sont pas nécessairement familiers avec l'Antiquité (je pense que, si j'étais à leur place, je serais totalement larguée devant un étudiant dissertant sur la théorie sociologique). Chef m'avait conseillé de me méfier de tout le monde, en particulier des miens, qui peuvent poser une question piège en voulant aider, mais je n'ai pas eu trop de problème de ce côté-là, peut-être parce que le résultat était sans doute déjà plus ou moins plié avant même que le vote ait lieu.

La décision finale devait être connue le soir même. Ne voulant pas passer la journée à poireauter à Nanterre, j'étais rentrée chez moi ; n'ayant pas eu de nouvelles, j'en avais conclu qu'ils avaient fini trop tard pour que la secrétaire soit encore là et avais décidé d'attendre lundi avant d'envoyer un mail. Comme vous devez vous en douter, je n'ai pas passé un week-end totalement serein. Heureusement que Chéri était là et qu'il y avait mon appart' à repeindre, ça m'a permis de penser à autre chose.

Et puis, dimanche, coup de fil de Chef, de retour de son colloque en Italie, qui me confirme que mon oral était bon (la représentante de l'unité où je serais rattachée lui avait envoyé un mail de compte-rendu)... mais que je n'ai pas eu de bourse, parce qu'ils ont considéré que j'avais déjà eu ma chance à l'ENS.

Lundi matin, mail officiel de la secrétaire de l'Ecole doctoral : "Malgré l'incontestable qualité de votre projet et de votre présentation orale, nous sommes au regret de vous annoncer..." etc., etc. J'ai un peu envie de dire : "Mais, bordel, puisque mon sujet est franchement bon, POURQUOI personne ne veut me donner de bourse ?!", mais je commence à comprendre dans la douleur que, dans l'univers universitaire, c'est loin d'être l'intérêt de la science qui prime (oui, je sais, je suis présomptueuse, mais je n'ai plus grand chose d'autre auquel me raccrocher, universitairement parlant, en ce moment).

Je me retrouve donc dans une situation que l'on pourrait résumer ainsi : l'ENS n'a pas voulu me donner une bourse de suite, malgré la très bonne évaluation de mon projet par un expert indépendant, pour des questions de quotas, et m'a donc mise deuxième sur liste d'attente en se disant que j'étais sûre d'en avoir une du second coup ou, au "pire", à Nanterre - sauf que, pour la première fois depuis que Normale est Normale, on arrive fin juin et il n'y a encore eu AUCUN désistement ; et l'Ecole doctorale ne m'en a pas donné non plus, parce qu'elle a estimé que j'aurais dû l'avoir du premier coup à l'ENS.

En bref : il y a donc manifestement quelqu'un qui, quelque part, passez-moi l'expression, a chié dans la colle et c'est moi qui, pour le moment, en fais les frais, en me trouvant dans une situation absurde. Quand j'ai envoyé un mail à ma tutrice pour lui annoncer l'échec de ma candidature nanterroise, elle m'a assurée que c'était sûr, que j'allais avoir une bourse à Normale, que les choses allaient bouger début juillet, mais, début juillet, ça commence demain et je vous avoue que je commence à sentir que la première année où il n'y aura eu aucun désistement tombera sur moi.

Finalement, dans cette histoire, je vous dirai que je n'ai qu'un regret : celui de ne pas avoir pu faire passer à la commission de Nanterre que cette bourse comptait vraiment pour moi et qu'elle avait peut-être même plus de valeur que celle de l'ENS, parce que, cette fois, c'était l'Ecole doctorale elle-même qui choisissait de m'accueillir ou non, au lieu d'une sorte de "parachutage". Evidemment, s'ils m'avaient attribué une allocation et que j'avais appris ensuite que l'ENS le faisait aussi, j'aurais renoncé à la leur, exactement pour les mêmes motifs qui les ont amenés à me la refuser : c'est dégueulasse de prendre une bourse à un étudiant quand on a la possibilité d'en avoir une ailleurs et lui non.

Etant donné que je m'attendais à des questions un peu sournoises, je pensais que j'allais en avoir une du genre "Mais mademoiselle, vous êtes normalienne, n'avez-vous pas demandé une bourse à Ulm ?". En fait, ce n'est pas du tout venu sur le tapis. Dommage : j'avais des choses à expliquer et je me retrouve finalement à le faire ici.

Sur ce, quand même, the show must go on !!! Après tout, je suis en vacances et je ne pars pas avant le 15 juillet, date où, de toute façon, si je n'ai rien, étant donné que les sous ne poussent pas sur les arbres et que, de toute façon, ceux-ci ne sont pas pléthore à Paris (les arbres, hein, pas les sous ! Enfin, ça dépend pour qui...), il me faudra me signaler à l'Education nationale pour avoir un poste à la rentrée prochaine.

Le mot d'ordre des jours (et peut-être des semaines) à venir est donc toujours le même : wait and see.

2 commentaires:

  1. Certaines universités (pour répondre aux impératifs du classement Shangai?) ont décidé de fusionner, ou du moins de fusionner leurs collèges doctoraux. J'ignore comment cela va se passer, vu les différences de mœurs (pas de thèses non financées en sciences exactes, thèses interminables et largement non financées en lettres et sciences humaines...) et de critères d'évaluation, plus les mépris plus ou moins ouverts que vous relevez.

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  2. Quant à l'aspect « devoir convaincre un groupe de personnes pas forcément de votre spécialité de vous financer », c'est assez général dans enseignement supérieur recherche : p.ex. dans les jury CNRS (ça dépend des disciplines, ceci dit) ou INRIA, dans les anciennes commissions de spécialiste, et parfois dans les actuels comités de recrutement.

    Il faut s'habituer à faire des exposés qui donnent aux non-spécialistes une idée de ce que l'on fait et pourquoi, tout en faisant plaisir aux spécialistes.

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